Gai mariage ou l’homme 2.0

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Au-delà du débat strict sur le mariage et l’adoption homosexuels, il est étonnant que l’on ait vanté cette loi comme une « rebelle attitude » ou une liberté alors qu’il s’agit d’une loi d’État conformiste ou normative. Sous prétexte d’une loi égalitaire qui met fort étrangement sur le même plan un couple hétérosexuel pouvant procréer et un couple homosexuel qui ne le peut pas, on a inventé une injustice pour l’occasion, revendication qui n’avait jamais été soulevée il y a quinze ans, et l’on demande à la loi de la réparer. Ce n’est déjà pas banal, car il n’y a pas d’injustice et aucune égalité. De plus, on confond égalité et identité.

C’est évidemment absurde. Est-ce que les couples hétérosexuels ont-ils combattu pour enfanter ? Évidemment non puisque cela leur est donnés. Il devient ubuesque que des couples homosexuels réclament le mariage et l’adoption comme si on leur avait retiré quelque chose au départ, juste pour les embêter en quelque sorte, par « discrimination », alors qu’ils ne peuvent biologiquement pas avoir d’enfant et que ce dernier ne peut naître que d’une union hétérosexuelle.

Il ne s’agit que d’un mimétisme. Et même plus, il s’agit symboliquement de nier toute différence sexuelle qui fait que dans la vie, il y a des couples hétérosexuels qui peuvent enfanter et des couples homosexuels qui ne le peuvent pas. De fait. On met sur un pied d’égalité impossible deux situations biologiques différentes. C’est dire que ces récriminations d’homophobie (mot d’ailleurs inexact), de discriminations ou de manque de compassion ou au contraire les prétextes d’amour, tombent directement à l’eau.

Il faudrait rappeler que du point de vue biologique, la différence sexuelle fonctionne comme une limite radicale à tout fantasme de complétude et de toute-puissance. Il n’y a pas d’abord dans la vie des homosexuels et des hétérosexuels, mais des hommes et des femmes. Étrangement, on fait comme si l’égalité politique en droits équivalait l’égalité biologique en nature qui n’existe pas. Comme il n’y a pas d’égalité biologique entre un homme et une femme. S’il ne faut pas confondre nature et ordre naturel, on fera remarquer qu’avec deux serrures ou deux clefs, on ne fait pas grand-chose. Avec une clef et une serrure, on ouvre une porte du point de vue de l’enfantement. Si on ne naît pas homosexuel, ce qui serait nier toute l’historicité du développement personnel, le mariage homosexuel serait recommandable s’il ne supposait pas l’idée de filiation en son sein, chose impossible pour un couple homosexuel qui ne peut enfanter. C’est sans doute malheureux à dire, mais même un homosexuel est né (jusqu’à maintenant encore !) de la réunion de gamètes homme et femme. En ouvrant les homosexuels au mariage, on ouvre toute grande la porte, non seulement à cette filiation, mais à la marchandisation de l’humain et au Marché libéral et global de l’enfantement.

Ces revendications farfelues n’ont donc rien à voir avec un retour en arrière à un ordre patriarcal ou à une Église catholique en décrépitude, ennemis poussiéreux et commodes pour faire avaler de telles couleuvres. Mais il s’agit aussi de pénétrer par effraction dans le libéralisme indifférenciateur permettant de passer à l’étape suivante, la PMA, la GPA puis la théorie du genre (déconstruction symbolique de tout l’être humain) et enfin le transhumanisme. Toujours ce vieux fantasme de complétude. Et bien sûr, aux intérêts politiques et économiques qui se profilent (prothèses, maintenance, lobbies scientifiques, expérimentations pharmaceutiques, commandes sur Amazon ou Ebay d’êtres humains à des gens pauvres).

Il s’agit dès le départ de donner aux enfants un père et une mère, une diversité sexuelle. Dans un couple homosexuel, il y a, pour l’enfant, que deux « mêmes ». Comment les enfants vont-ils appeler leur papa ou leur maman dans cette non-différenciation sexuelle, différenciation sexuelle qui est encore à la base de l’engendrement, faut-il le rappeler ? Qu’en penseront les futurs nouveaux nés ? S’en moque-t-on à ce point pour satisfaire sa petite libido, à moins de transformer le monde en demande perpétuelle de droits égotistes, sous peine d’être sans arrêt insulté ? Enfin, les homosexuels ne sont pas tous unanimes, faut-il encore le rappeler sur un tel sujet. Sont-ils homophobes à leur tour ? Il est à remarquer qu’il existe des Gays Libs, une droite homosexuelle, une bourgeoisie gay.

Jean Baudrillard avait critiqué tous ces mouvements de la différence victimale (parité, journée de la femme, mariage homosexuel) pour leur revendication de « statut bourgeois, légal et conjugal. » De la même façon Jean-Claude Michéa, autre socialiste libertaire. Benoît Duteurtre (écrivain et homosexuel) dans Polémiques rappelle que l’homosexualité permettait d’échapper à la vie de famille (à l’ordre mécanique de la procréation et de la filiation) et que ce mouvement perd sa raison d’être étant donné que la société est plus que jamais tolérante envers les orientations sexuelles. Ce militantisme lutte pour sa survie et n’a rien de transgressif vu qu’il est subventionné par l’État, cherchant des causes à têtes d’épingle pour exister. Ces militants ne voient le monde qu’à travers leur sexualité, semblables à des groupes religieux. Benoît Duteurtre s’interroge sur une revendication si récente qui voudrait passer pour une « vérité indiscutable » face à ceux qui se posent question sur cette notion de « droit à l’enfant ». « N’est-ce pas précisément l’expression ultime de la « honte de soi » que ce rêve de famille, ce désir éperdu de reconnaissance ? » dit-il. Selon lui, par ce mariage, les homosexuels mettent à bas leur droit à la différence par le droit à l’égalité. De fait, l’homosexualité n’est plus une reconnaissance de leur orientation sexuelle différente, mais une indistinction avec les hétérosexuels. Penser le contraire et revendiquer l’homoparentalité est détruire la spécificité authentique de l’homosexualité, un amour sexuel sans enfantement.

On rappellera qu’il n’y a pas si longtemps on se targuait de découvrir ad nauseum des tendances homosexuelles refoulées chez les hétérosexuels. On se demande bien si l’exact inverse ne serait pas tout aussi vrai, c’est-à-dire, par un principe d’égalité bien légitime en retour, si les homosexuels n’auraient pas des tendances hétérosexuelles refoulées surtout à l’époque où certaines associations homosexuelles réclament l’homoparentalité (un oxymore à une époque où l’enfant est l’objet fétiche dans un système libéral qui institue cette régression comme mode d’être libidinal) et le mariage à l’égal précisément des hétérosexuels qui, eux, constituent le modèle de base étant donné que cela leur ait donné naturellement. Pur mimétisme. Pure simulation. Pure virtualité.

Marie-Josèphe Bonnet, historienne, féministe et écrivain (oui sans e), cofondateurs des Gouines rouges et du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), peu suspecte d’être une « réactionnaire », s’oppose à tout ce carnaval : « On s’aperçoit que ces faux progressistes — c’est-à-dire tout ce courant LGBT favorable au mariage, un mariage qu’on pourrait qualifier de « bourgeois », de « conventionnel », du « XIXe siècle » — sont devenus en outre sectaires. Ils se permettent de qualifier leurs opposants d’homophobes, de réacs, de cathos de droite…[1]» Elle a raison de faire remarquer que le mariage n’a pas été conçu pour les homosexuels, mais pour la famille et l’enfant, et que se marier entre homosexuels ou lesbiennes, est imiter les hétérosexuels. Processus réactionnaire selon elle puisqu’il s’agit de faire régresser les homosexuels vers un état normatif et conformiste. Logique implacable. Elle remarque aussi que l’on a appelé cela « mariage gay » et non « mariage lesbien », favorisant encore le masculin. Remarque juste. Elle fait remarquer encore avec pertinence, dans un article de Libération du 7 février 2014, qu’avec ce mariage, on base ces droits sur la seule sexualité et non sur l’individualité (base de la Constitution). C’est-à-dire en réalité avec qui on couche. Un individu serait-il réductible qu’à sa sexualité ? Je dois dire que pour ma part je me moque d’emblée de la sexualité d’un individu. Ce n’est pas un hasard somme toute, car la sexualité rendue visible et médiatisée dans la société de consommation et de virtualisation permet au libéralisme de progresser encore plus loin. C’est ce que disait déjà le cinéaste Pasolini dès 1973. Processus redoutable, car le libéralisme opère maintenant non par l’oppression directe, mais par l’émancipation ! Si Marie-Josèphe Bonnet note que la PMA et la GPA arrachent l’enfant à sa quête des origines, le tout en incitant à l’instrumentalisation de la femme, car seuls les couples riches feront appel à des porteuses (femmes pondeuses), ajoutons que c’est même toute l’anthropologie qui va être démantelée telle une démolition contrôlée. Voilà sans doute pourquoi les homosexuels et lesbiennes ont été un des fers de lance du libéralisme, non seulement économique, mais symbolique, qui mènera au transhumanisme.

Comme quoi, ceux qui s’opposent à ce mariage et à cette adoption ne sont pas forcément que des ultra-catholiques, inféodés à une idéologie rétrograde. Si l’homosexualité n’est pas un choix, il est impératif d’assumer sa préférence. Être au monde, c’est faire le deuil de certaines choses tout comme nous choisissons une femme en renonçant à toutes les autres femmes (sauf entente préalable). De même que les hommes ne peuvent être des femmes et les femmes des hommes. Il est irréaliste de vouloir combler telle ou telle perte. On ne peut pas tout avoir dans ce libre marché du choix ou se comporter déraisonnablement dans la réalité et demander ensuite à l’État de légiférer dans notre sens ou selon notre bon vouloir égotiste. Car au fond, il s’agit sans cesse de dévier, de n’être jamais satisfait de rien, de réclamer perpétuellement de nouveaux droits qui ne peuvent jamais combler quoi que ce soit dans l’imaginaire et le désir humain. On a l’impression que cette demande d’égalité vient boucher la moindre insatisfaction (« Je veux tout »)[2]. Si la technique le permet, devra-t-on autoriser les hommes à accoucher pour être les égaux des femmes, car celles-ci possèdent l’enfantement, ce que les hommes n’ont pas ? Quelle injustice ! C’est justement la négation de l’altérité que de vouloir ce que l’autre n’a pas, histoire de réparer son petit bobo intérieur à une époque si bobo. C’est une indifférenciation (un clonage psychologique), une élimination de l’autre comme mystère et altérité (devenir un même). En tant qu’homme, je suis ravi de ne pas pouvoir accoucher (même si j’aimerais en avoir l’expérience, mais en serais-je content ?). Je dois accepter cette « perte fondatrice » pour me constituer en tant qu’homme devant une femme qui, elle, l’a (mais elle n’a pas ce que moi j’ai), ce qui permet la beauté et la poésie d’une incomplétude réciproque. Sans cette limite, nous vivons dans un monde irréel, dans un univers fantasmatique qui ne connait plus aucun « marquage » de quelque nature que ce soit. Il y a là une volonté de vivre exilé de la nature et composer son identité comme dans un self-service.

En somme, c’est le contraire qui aurait dû arriver !  Que les homosexuels se réjouissent pour leur incroyable chance et liberté de ne pouvoir enfanter ! De pouvoir copuler sans le fardeau de l’enfantement ! Au lieu de ça, les homosexuels imitent les hétérosexuels, retournent au plan de la Nature tout en le déniant, à la mécanique biologique, de gagner sur les deux tableaux et de s’enfoncer dans le contrat social, ce qui permet au passage de déconstruire symboliquement la catégorie mariage et famille.

Il va être assez comique d’assister à ce que les hétérosexuels vivent le plus souvent : l’enfer du mariage et les infidélités, les aigreurs du divorce, les couches-culottes et les biberons baveux à donner, les gardes alternées du pervers polymorphe, les pensions alimentaires, les disputes acharnées avec crêpage de chignon, les hurlements du bambin prêt à faire admettre tous ces caprices et à sucer votre temps de sommeil, les vacances en troupeau, les échecs scolaires à répétition avec fugue, drogue et expériences sexuelles inédites, voire délinquances pour se croire rebelle, les futures études qui coûtent un bras, autrement dit, la chose pénible que l’espèce a inventée pour se perpétuer, cette chose bien réactionnaire d’autrefois, la famille, histoire d’avoir son nonos à ronger, de consoler son manque affectif avec un mouflet pour bien régresser à fond, le petit joujou et fétiche moderne, le chérubin objet de toutes les louanges qui, de temps à autre, dénonce des gens pour pédophilie à des procès, et suivant la pente judiciopathe de l’époque, qui poursuivra ses parents pour l’avoir fait comme il est. Les avocats se frottent les mains et les médias aussi.

Il faut rappeler que les « penseurs 68 » (Bourdieu, Foucault, Deleuze, Derrida puis leurs suiveurs comme Fassin, Eribon) ont opéré le décodage des catégories de la domination (patrie, famille, homme, femme, fou, asile, prison, école, etc.) qui ne sont pour eux que des « constructions culturelles » horriblement oppressantes ou dominatrices. Le but conscient ou inconscient était, sous l’apparat de l’émancipation et du désir, d’enfermer l’individu dans un idéalisme subjectif (autoconstruit), opérant le renversement du biologique sur le tout culturel (commencé avec le structuralisme et le cybernétisme) avec ces multiples jeux de combinaisons identitaires, au même moment où l’ultralibéralisme réalisait sa dérégulation intégrale. Il n’y a donc pas de réalité pour eux. Il n’y a que des pratiques sociales qui, pour des raisons de pouvoirs, fabriquent des mythes, des idéaux, des idées dont il faut se débarrasser pour « vivre autre chose ». Il n’y a donc pas d’homme et de femme, mais seulement des constructions sociales (ce qui donnera la théorie du genre) qu’il s’agit de déconstruire pour voir enfin l’avènement d’une flexibilité identitaire intégrale et planétaire. Le mariage et l’adoption homosexuels naissent de ce fantasme d’indifférenciation généralisée opérée par le libéralisme mondialisé.

Dès lors, dans une mondialisation économique sous l’oeil des ordinateurs, peut s’ouvrir une perspective transhumaniste (hommes ou femmes améliorés, prothétiques voulant sortir de leur finitude et de leur condition ancestrale (solitude, maladie, enfantement, vieillesse, mort) avec interface hommes-machines, corps-processeur dans cette fusion humano-numérique. L’avènement de ce capitalisme cognitif verra l’individu prêt à tous les branchements et à toutes les métamorphoses identitaires (ectogénèse, hommes désirant enfantés, transsexes, transgenres), plongé dans une réalité augmentée, surveillé et piloté par un assistant personnel robotisé, nanti d’une nouvelle corporalité (peau électronique), réunissant les pires prédictions des auteurs de science-fiction (de Aldous Huxley à Philip K. Dick).

[1] https://comptoir.org/2014/12/16/marie-jo-bonnet-les-homos-sont-devenus-des-heteros-liberaux/

[2] Récemment, un homme a réussi à être « enceint ». http://www.secondsexe.com/magazine/Enceint.html

Yann Leloup 2014

[1] https://comptoir.org/2014/12/16/marie-jo-bonnet-les-homos-sont-devenus-des-heteros-liberaux/

[2] Récemment, un homme a réussi à être « enceint ». http://www.secondsexe.com/magazine/Enceint.html

 

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