Migrants… ou comment préparer vos mouchoirs

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« Il y a dans la générosité le même degré d’égoïsme que dans la vengeance, mais c’est une autre qualité d’égoïsme. » Nietzsche, Le gai savoir.

« Derrière l’intérêt condescendant se profile toujours le visage vorace du vampire. » Jean Baudrillard.

Dans un entretien au Figaro du 22/12/2015, le philosophe Michel Onfray déclare à propos des migrants : « Certains experts démontent cette «générosité» d’Angela Merkel et montrent qu’elle obéit de façon plus cynique à des impératifs politiques : le capital adore la main-d’œuvre à très bas coûts, ça lui permet de dévaluer les salaires de ceux qui travaillent, de jeter le Code du travail à la poubelle en disant que nombre de gens feront le travail pour beaucoup moins cher et sans garanties sociales. Je souscris à cette analyse. » Il reprend à peu près ce que disait Karl Marx (vous savez le barbu rouge) quand ce dernier analyse le capitalisme qui utilise les surnuméraires. Il conclut : « (…) augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant, un Yankee par trois Chinois.[1] » Il faut dès lors en tirer toutes les conséquences. Si le patronat européen adore ces « migrants », c’est qu’il en a besoin et l’on comprend mieux pourquoi cette immigration fut orchestrée depuis les années 70.

Cette photo du petit Aylan Kurdi par la photographe Nilufer Demir (AFP) a fait couler beaucoup d’encre et a mobilisé beaucoup de regards. Cette photo n’est pas truquée, juste recadrée pour accentuer l’impact dramatique du petit garçon allongé mort au bord de la mer et du secouriste impuissant. Mais elle n’en est pas moins manipulatrice par l’usage qui en est fait. Elle n’a pas été choisie au hasard mais pour susciter un emballement émotionnel. Non seulement on n’a pas eu de telles photos des 500 000 enfants irakiens morts par le blocus des États-Unis, chiffre légitimé par Madelaine Albright, mais de telles photos circulaient bien avant celle du petit Aylan qui a surgi promptement pour faire accepter ce débarquement des migrants et le redoublement des bombardements en Syrie.Mobilisation hypocrite de bonne conscience quand à deux pas de chez eux, des clochards et des sans-abris ne suscitent encore aucune indignation et aucun secours de la part du gouvernement.

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On rappellera que le 14 octobre 1990, une jeune femme koweïtienne (« l’infirmière Nayirah ») témoigna, en pleurant, devant une commission du Congrès des États-Unis qu’elle vit des soldats irakiens entrer dans l’hôpital avec leurs armes et tirer sur les bébés en couveuses. Ce témoignage a ému l’opinion publique internationale et a contribué à ce qu’elle soutienne l’action des puissances occidentales contre les armées de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe. En fait, ce témoignage était faux. La jeune femme, entraînée par Michael Deaver, ancien conseiller en communication de Ronald Reagan, était la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, Saud bin Nasir Al-Sabah. L’association Citizens for a Free Kuwait, organisée par le gouvernement du Koweït exilé avait commandité cette campagne à une agence de relations publiques Hill & Knowlton (10 millions de dollars).Le gouvernement américain aurait payé 14 millions de dollars à cette agence pour l’avoir aidée.

Cette photo est l’exact inverse de celle de Lewis Hine que j’ai décrite dans un autre article (Lewis Hine, une photographie) en rapport avec ce que disait Marx. Elle ne révèle aucune réalité, mais s’expose au monde entier pour emporter l’adhésion. Pornographie émotionnelle dans cette charity business où tout est donné en spectacle publiquement alors que celle de Hine révélait une exploitation éhontée (mais cachée) des enfants à son époque.

Comment en est-on arrivé à une telle situation qui est en réalité une manipulation sociale ? Les différents gouvernements libéraux de droite comme de gauche en France comme ailleurs, depuis les années 70, ont promu une immigration massive et volontairement clandestine qui sera tout autant victime que l’ouvrier français dans cette exploitation libérale. Le regroupement familial instauré en 1974 par l’État français (Giscard) au bénéfice des patrons comme Bouygues[1], et plus tard les accords de Schengen instaurant la libre circulation des individus et une levée des frontières ne permettant plus aux États de réguler leurs flux migratoires, instaurèrent une telle politique. Georges Marchais du Parti Communiste français (PCF) critiquait à l’époque l’immigration clandestine dans son discours de Montigny-Lès-Cormeilles en 1981, défendant les travailleurs nationaux.

Par la suite, dans cette stratégie, Mitterrand décida une politique libérale en 1983 et misa sur le sociétal contre le social en favorisant l’exhibition des droits des individus : il joua aussi sur l’antiracisme obsessionnel avec SOS Racisme tout en faisant monter le Front national. En dehors des particularismes égoïstes de chacun, la lutte contre les discriminations remplace la lutte contre le libéralisme, car elle est compatible avec une politique libérale alors que réduire l’écart entre les riches et les pauvres ne l’est pas. Les causes sociétales sont promotionnées par l’État qui subventionne des associations (Ras le front, United, LICRA, MRAP, SOS racisme, Act up) pour diffuser ce militantisme acharné et entretenir un climat de suspicion. Un symptôme parmi d’autres de cette collusion entre politique anti-discrimination et hauts dirigeants : la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), fondée en 2005 (dissoute en 2011 et remplacée par un Défenseur des droits) a eu comme président de 2005 et 2010, Louis Schweitzer, ancien PDG du groupe Renault, président du CA du Groupe Renault, président du Conseil d’administration d’Astra Zeneca.

C’est dans ce contexte qu’est apparue une classe culturelle et médiatique (le culturo-mondain), bouclier protecteur du nouveau marché en expansion, réunissant le combat politique et culturel face au reste de la population qui sera systématiquement considérée comme réactionnaire ou arriérée (la France traditionnelle). Petite classe privilégiée pétrie d’humanisme abstrait des grandes agglomérations contre la France rurale et provinciale pourtant majoritaire. Cette caste culturelle est issue des grands centres urbains qui ont vu naître dans ces années 80-90 le phénomène de gentrification (embourgeoisement des anciens quartiers populaires), née à l’époque de la mondialisation et favorable à elle. Elle laisse place à un combat pour la « diversité » et abandonne l’inégalité sociale comme l’explique Christophe Guilluy. La gentrification promeut une mixité ethnique qui renouvelle les couches populaires par une arrivée de populations issues de l’immigration (sans poids politique sauf en cas de naturalisation). Cette disparité convient aux bobos (dumping social, salaires et protection sociale en baisse) en utilisant cette main-d’œuvre bon marché sans grever leurs revenus, mais sans se mêler à eux. Ce modèle est encouragé par les élites qui incitent à la mobilité permanente, à la mixité et au multiculturalisme. D’où cette scission entre les élites dirigeantes (la classe médiatique et culturelle) et une majorité de citoyens qui ne croient plus de nos jours dans les promesses des politiciens censés les représenter. Ils ont l’impression qu’une autre politique économique se déroule dans leur dos, en clair que les gouvernements successifs se sont ralliés au néo-libéralisme au sein de l’Europe qui rogne leurs acquis sociaux, abat la souveraineté de leur pays, le tout pour des complexes industriels apatrides et une hyperclasse médiatico-politique.

La stratégie est payante. Cet antiracisme est devenu le nouveau missel moralisateur de cette Europe libérale. En proclamant les droits de l’homme, mais en ayant toujours colonisé les pays, le libéralisme semble avoir trouvé une façon diabolique de se servir de l’humanisme à son profit : promotion d’un antiracisme idéologique auquel se conjugue la défense des sans-papiers interdisant tout souverainisme à l’heure de la mondialisation et de la circulation intégrale des flux de données et de personnes. D’un côté, toute remise en cause de cette Europe libérale est assimilée à un racisme et à un fascisme (réactivés par la montée du FN) et de l’autre, la situation des immigrés (sans-papiers, migrants) s’exerce comme chantage affectif pour que l’Europe les accueille de gré ou de force, noyant les travailleurs nationaux dans un dumping social et un multiculturalisme forcené et subi. Alors si on peut s’indigner humainement du sort de ses immigrés, on devrait s’en prendre à cette politique chaotique qui a créé la situation.

Que peut-on en tirer ? Ces populations immigrées ne sont nullement instigatrices de cette politique, mais bel et bien exploitées comme classe sociale populaire. Il faudrait plutôt se tourner vers ceux qui tirent les bénéfices de cette exploitation plutôt que vers ceux qui la subissent, à la fois les Français de « souche » et les Français d’origine immigrés. Car si ces derniers occasionnent délinquance et chômage pour certains d’entre eux, ce fut bien le fait d’une politique économique libérale organisée afin de créer un chaos social. Mais qui les a laissés entrer ? Ils ne sont pas arrivés en violant les frontières impunément ou cela n’a pas été fomenté par l’islam. Démographiquement, c’est une conséquence et non une cause. Je me demande qui avait intérêt à cela, sinon ceux qui ont permis cette immigration. Il est à remarquer que les banlieues ne se révoltent pas contre l’ordre marchand, mais adoptent les signes de l’économie américaine.

Laissons un instant la parole à Friedrich Engels, le compagnon de lutte de Karl Marx, qui écrit dans La situation de la classe ouvrière anglaise (1845)[2] quand il critique l’immigration irlandaise dont le Capital se sert contre les travailleurs anglais : « Le rapide développement de l’industrie anglaise n’aurait pas été possible si l’Angleterre n’avait disposé d’une réserve : la population nombreuse et misérable de l’Irlande. Chez eux, les Irlandais n’avaient rien à perdre, en Angleterre ils avaient beaucoup à gagner. » Engels nomme ce qu’il appelle l’armée de réserve et ici, l’immigration irlandaise et c’est peu dire qu’elle rappelle l’immigration ou les migrants. Il poursuit : « Ces travailleurs irlandais qui, pour 4 pence (3 ? groschen d’argent), font la traversée, serrés souvent comme du bétail sur le pont du navire, s’installent partout. Les pires demeures sont assez bonnes pour eux ; leurs vêtements les préoccupent peu, tant qu’un seul fil les maintient ; ils ignorent l’usage des chaussures ; leur nourriture consiste uniquement en pommes de terre, ce qu’ils gagnent en plus, ils le boivent ; pourquoi de tels êtres auraient-ils besoin d’un fort salaire ? Les pires quartiers de toutes les grandes villes sont peuplés d’Irlandais; partout où un quartier se signale particulièrement par sa saleté et son délabrement, on peut s’attendre à apercevoir en majorité ces visages celtiques qui, au premier coup d’œil se distinguent des physionomies saxonnes des indigènes, et à entendre cet accent irlandais chantant et aspiré que l’Irlandais authentique ne perd jamais. »

Engels n’est pas tendre envers les Irlandais. Il ne dit jamais que cela est intrinsèque à leur nature, mais à leur situation misérable. : « C’est contre un concurrent de ce genre que doit lutter le travailleur anglais, contre un concurrent occupant le barreau de l’échelle le plus bas qui puisse exister dans un pays civilisé et qui, précisément pour cette raison, se contente d’un salaire inférieur à celui de n’importe quel autre travailleur. C’est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tous les secteurs où l’Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en être autrement, comme le dit Carlyle. »

Ce texte indique bien les conséquences déplorables qui auront lieu en mettant toutes les populations en concurrence pour les bénéfices du libéralisme et de ses classes les plus élevées. Engels évoque ensuite le fait qu’un tel système est meurtrier et ne peut mener qu’à la violence. Ce qu’il constate en 1845, on se demande comment en ce XXIe siècle, pouvons-nous ne pas le savoir ? Et comment les libéraux peuvent-ils l’ignorer ?

Au fond, le libéralisme se moque de remplacer le blanc par le noir ou par le Magrébin. Ce qui lui importe, c’est de tétaniser la moindre lutte sociale pour fabriquer un consommateur parfait, arriéré et déculturé. Non seulement la nouvelle main-d’œuvre corvéable à merci fait baisser le coût du travail, mais anéantit toute lutte des classes. Par cette immigration massive, il s’agit de faire migrer la conscience ouvrière hors d’elle-même et de faire sortir l’histoire ouvrière hors de la conscience de l’Histoire. Ces migrants s’intégreront facilement au Marché, anesthésiant toute révolte et toute revendication, dégradant la situation des nationaux et les cantonnant dans une assimilation forcée sous peine d’être vu comme des racistes.

144TOr cette crise des migrants est une accentuation des sans-papiers dans l’espace Schengen. Crise qui suit la restructuration géopolitique au Moyen-Orient. Le chaos par culpabilisation émotionnelle et en jouant de l’humanisme européen pour mieux l’anéantir. Les répercussions vont être dramatiques en termes de démographie, de logement, de chômage, de dumping social. Ce n’est pas la classe aisée qui subira cette migration forcée et cette guerre ethnique qui se prépare. L’individu hors-sol est en marche, façon de se débarrasser de toutes les nations par vassalisation intérieure.

Un exemple. Si ces sans-papiers, ces immigrés, ces migrants sont tellement défendus, c’est qu’ils peuvent être exploités drastiquement comme dans l’industrie agroalimentaire en Europe, par exemple, où ils sont payés une misère (de 2 à 4e/heure à raison de 9h par jour et 7/7 j) dans des conditions déplorables. Les récoltes des fruits et légumes sont ensuite vendues pour les bénéfices des grands enseignes comme Auchan, Carrefour, etc., histoire que le consommateur les achète à très bas prix. Il faut dire le système libéral fonctionne ainsi d’une manière cachée grâce aux intermédiaires, y compris dans les vêtements (au Bangladesh pour Monoprix dans les mêmes conditions), ou avec les téléphones portables (exploitant le minerai du Tantale au Congo et alimentant des guerres civiles ou exploitant des enfants en Chine) ou les meubles labellisés Vert (avec Ikéa qui décime les forêts en Roumanie).

Il est évident que cette crise migratoire a été préparée et n’a pas pour seul bénéfice l’intérêt économique. Elle est aussi politique et symbolique sinon les dirigeants ne l’auraient pas tant acceptée sous des prétextes humanitaires dont ils n’ont que faire. Ces prétextes ne servent que de paravent sentimentaliste (d’où la photo du petit Aylan), mais aussi pour plonger la population dans une assimilation forcée dont là aussi, les effets peuvent être catastrophiques (les femmes allemandes agressées ou violées à Berlin en 2016). C’est d’autant plus troublant que ces migrants étaient à 80% des hommes jeunes comme s’ils avaient décidé brusquement de partir en masse et en même temps de leur pays (il y avait en réalité peu de syriens parmi eux) et à qui on offrait des téléphones portables et de l’argent. Il serait trop long de développer tout le trafic humain derrière depuis la Turquie (les passeurs), le tout géré par des   collectifs comme No Border qui portent une responsabilité écrasante dans toute cette acceptation. La situation à long terme est celle de Calais.

Bref, ce pour quoi, au lieu de défendre ces populations en expliquant ces arrière-plans sordides, on en passe par des opérations de communication pour faire accepter la chose.

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La campagne médiatique I am a migrant (on apprécie la campagne d’affichage en anglais dans les rues de Paris) enfonce des clichés. Développée par le Département Médias et Communication de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) qui se trouve à Suisse (ce qui est assez drôle), l’un des slogans nous dit : « À quoi pourrait ressembler un jour sans migrant? Contrairement à ce que certains peuvent croire, les migrants jouent un rôle vital dans l’économie mondiale. »

Cette campagne publicitaire ressemble à celle de Benetton dans les années 80 pour faire la propagande du multiculturalisme, donc au mondialisme. À travers tous les portraits, c’est bien à cela que l’on espère faire adhérer : un monde ouvert et divers que l’on doit accepter de force. Une telle campagne, comme toute agence de communication, cache sous une apparence de générosité et de sourires ses vrais buts cachés. Les migrations ont toujours existé et n’avaient pas posé de problèmes en tant que tels, mais elles sont devenues une prescription d’autorité. Comment refuser une telle offre à moins d’être considéré comme un aigri, un raciste ou un être malfaisant ?

Sous son aspect lisse et souriant, cette campagne oblitère les conditions de cette migration. Le mot déjà est mensonger. Du latin migrare (« voyager au loin »), il signifie simplement passer d’un pays dans un autre pour s’y établir. Or, ces gens ne voyagent pas, ils sont déplacés et on utilise le mot migrant pour éviter celui d’immigré trop connoté. On devrait dire déraciné plutôt que migrant.

Ce migrant est élargi à la population du monde entier alors que le problème est ailleurs, non pas dans le fait que des personnes voyagent, mais qu’ici, ils migrent contraints et forcés par la même politique libérale qui veut les accueillir de gré ou de force après avoir bombardé leur pays, ce qui n’est pas le cas de ceux ou de celles que l’on nous montre dans leur immense majorité. En quoi d’ailleurs, les populations de tel ou tel pays devraient accepter d’accueillir, non pas quelques personnes qui aiment une autre culture et veuillent s’y intégrer, mais des flots d’immigrés exilés qui se déversent dans tel coin de l’Europe ?

Malgré le slogan de cette campagne qui veut lutter contre le racisme, refuser une telle immigration n’a rien à voir avec celui-ci qui est de considérer qu’une race est inférieure dans son essence à un modèle, ce qui permet de l’exploiter ou de la maltraiter. Il est donc très différent de mettre des limites à une migration ou à une immigration contre la majorité d’une population nationale qui, elle, subira un dumping social, une dégradation de sa situation tant au niveau du logement que du chômage, etc. Bien sûr, ce ne sont pas les promoteurs de cette migration forcée et subie qui seront touchés par de tels flux de population. Ne leur en déplaisent, les pays ont des frontières à respecter. On ne les viole pas impunément, pas plus que les lois.

Ce n’est pas par rejet systématique de l’autre, comme ils disent, que les autochtones se méfient de ces vagues de migrants, mais que dans un contexte de crise sociale aggravée, cela les dépossède du peu qu’ils ont déjà. On peut parier que si des centaines d’Européens blancs investissaient tel pays d’Afrique noire, on hurlerait au colonialisme.

Cette campagne cache le fait que non seulement l’Europe, mais le monde entier doit devenir un vague mélange indistinct de population, une sorte de Club Med où disparaitront les différences ethniques réelles pour un consommateur indifférencié, déculturé dans cette volonté politique. Certains candidat (e)s viennent de Suisse qui, comme on le sait, n’est pas très favorable à cette immigration puisqu’elle garde la main sur sa souveraineté. On se demande pourquoi restent-elles dans un pays si peu favorable aux migrations ?

Par exemple, cette affiche de Kamila, jeune femme d’origine polonaise que j’ai connue lorsqu’elle était étudiante, nous explique sur le site en ligne : « Aujourd’hui, je me sens Parisienne, mais dans le bon sens. Pour moi, cela veut dire être ouvert, faire attention à tous ceux que tu croises. Cette ville est immense, elle épuise, alors il faut essayer de mieux vivre ensemble. Tous les jours, j’essaie de faire attention à l’autre, je souris aux SDF, je dis pardon à quelqu’un que je bouscule. Je veux voir Paris d’un œil optimiste. Quand on sourit aux gens, on nous sourit en retour. » On nous précise que « Cette campagne fait partie d’un partenariat avec la Mairie de Paris. »

On ne doute pas que le sourire de Kamila améliore grandement le sort des SDF. C’est dire si tout cela ne sert que l’image de soi comme n’importe quelle opération de marketing, sourire partout et sourire tout le temps, et à terme, forcer les citoyens d’un pays à accepter comme forcément bénéfique le flot de migrants, maintenant que la plupart des nations ont perdu leur souveraineté et leur droit démocratique.

Quand on lit le parcours de cette Kamila, on se demande quelle misère réelle a-t-elle subi ? À part que l’on se moquait de son accent polonais et que vivre dans un nouveau pays n’a jamais été chose facile, mais nullement discriminatoire, de quelle offense a-t-elle été victime face à ceux qui sont miséreux, gros et laids, timides et j’en passe et qui vivent en France depuis des dizaines d’années ? C’est d’autant plus comique que cette Kamila est ou fut mannequin. Horrible parcours. Le souci de sa propre image, elle connaît. Et Kamila n’a pas manqué sur son profil Facebook de se photographier devant sa propre affiche, ce qui suscite des suivis d’admiration. « Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ? »

 

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Comme elle le dit, « La solidarité, c’est fondamental. Chacun a ses raisons dans la vie d’agir de telle ou telle façon. Et pour moi, la solidarité c’est la compréhension et le partage ; c’est vouloir savoir d’où vient l’Autre. C’est s’intéresser vraiment à l’Autre. » Mais cet Autre n’est acceptable que lorsqu’il a obligatoirement renoncé à sa propre altérité pour se soumettre à cette idéologie de tolérance autosanctifiée, individu sans ombre, transparent, clonable à foison. Si Jean Baudrillard avait justement dit : « L’autre est ce qui me permet de ne pas me répéter à l’infini. », c’était pour signifier justement le contraire et non cet individu abstrait et théorique, interchangeable.

Amour de l’autre, tolérance, respect, partage, solidarité, c’est cet Empire du Bien qui est instillé frauduleusement, histoire d’accepter tel pays à l’égal d’un hôtel comme le promouvait Jacques Attali. Pour lancer une petite pique, j’avais demandé à cette étudiante de me traduire un film en polonais, ce qu’elle n’a jamais fait en trois ans malgré son assurance. Tolérance, partage, solidarité…

Yann Leloup

[1] Karl Marx, Le Capital, tome I, section 7, cha. 25.

[2] http://www.dailymotion.com/video/x6slux_bouygues-et-l-immigration_news

[3] http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/situation/situation_classe_ouvriere.pdf

* On regardera l’enquête de Cash-Investigation sur l’exploitation des immigrés, des sans-papiers dans l’industrie agro-alimentaire, ce pourquoi ils sont tant défendus…

 

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