Les hommes et les femmes et l’évolution

Cet article est susceptible d’évoluer ! Mise à jour le 22 décembre 2018.

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Sommaire

I/ Préliminaires

II/ L’opposition entre biologie et sciences sociales

III/ L’analyse biologique et évolutive

IV/ Les liaisons dangereuses

V/ L’évolution sociétale

VI/ Le sexe récréatif à l’ère numérique

VII/ Et l’amour ?

« Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà. La crainte, le désir, l’espérance, nous élancent vers l’avenir : et nous dérobent le sentiment et la considération de ce qui est, pour nous amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus. » Montaigne.

Cet article s’appuie sur plusieurs livres entre autres : L’Origine des espèces et La Descendance de l’homme de Charles Darwin, Hommes-femmes, l’évolution des différences sexuelles humaine de David Geary (docteur en psychologie du développement, Université du Missouri), Le viol : Comprendre les causes biologiques du viol pour le surmonter, l’éviter et… ne plus le perpétrer de Randy Thornhill et Carl T. Palmer (respectivement biologiste, Université du Nouveau-Mexique, et anthropologue, Université du Colorado), Aux origines de l’humanité (tome 1 et 2) de Pascal Picq et Yves Coppens (anthropologues), Le gène égoïste de Richard Dawkins (biologiste et éthologiste), L’Effet Darwin de Pascal Tort (journaliste scientifique, historien et théoricien des sciences), Comprendre la nature humaine de Steven Pinker (psychologue cognitiviste), Le Secret des femmes (Voyage au cœur du plaisir et de la jouissance) d’Élisa Brune et Yves Ferroul (philosophe et sexologue), Parental Investment and Sexual Selection de Robert Trivers (biologiste), L’animal moral de Robert Wright, Une passion dangereuse (la jalousie), et Les stratégies de l’amour de David Buss (psychologue évolutionniste). Sans oublier Karl Marx !

I/ Préliminaires

Les relations entre hommes et femmes font jaser. On se monte le bourrichon pour cerner le problème alors qu’il est relativement fort simple. À la base, il y a deux sexes. C’est ainsi que Dame Nature, en bonne fée, a conçu la chose. Un phallus turgescent pour les hommes, et un vagin fort humide pour les femmes. Et les deux ont l’air d’aller ensemble, c’est-à-dire de s’emboîter et de coulisser à merveille. En se secouant l’un sur l’autre, ils prennent pas mal de plaisir et, au bout d’un moment plus ou moins long, normalement, ils jouiiiissent. C’est l’extase, le nirvana, quelques secondes de bonheur. C’est bien tout. Parfois, des personnes tombent amoureuses comme on tombe sur un os… De cette gymnastique de chambre peut naître un enfant. Mais pas toujours. Néanmoins, c’est ainsi que l’espèce humaine se reproduit depuis l’aube des temps. Pourquoi tant de cris ? De fureur ? De jérémiades et d’empoignades ? au point que l’on en sort comme le disait le bon vieux maître Rabelais, tout « philogrobolizés » du cerveau, c’est-à-dire paralysés à force de disputer le pour et le contre. C’est que l’être humain n’est pas qu’un individu de culture, mais aussi de nature. Passons aux choses sérieuses, au plat de résistance après ce petit hors-d’œuvre, histoire de vous faire saliver.

II/ L’opposition entre biologie et sciences sociales

C’est le vieux débat entre nature et culture, l’inné et l’acquis. On ne distingue deux types de comportements que si un aspect spécifique à l’environnement se trouve parmi les facteurs exogènes présents pour que le comportement se produise. Un comportement « appris » signifie qu’un facteur particulier à l’expérience est nécessaire à sa survenue. Il implique que l’on a identifié des fac­teurs environnementaux nécessaires au comportement, et non pas que de tels facteurs soient suffisants pour que le comportement se constitue. Un comportement « inné » indique que l’exposition à un environnement n’est pas obligatoire pour que le développement de l’organisme et du comportement se développe. Ou que les facteurs environnementaux n’ont pas été identifiés.

Steven Pinker expose en détail le problème dans Comprendre la nature humaine en critiquant fortement les concepts comme ceux de la page blanche (blank slade, l’esprit humain naîtrait sans traits innés), du bon sauvage, du fantôme dans la machine, et à leur propagation dans la vie intellectuelle moderne. Si Pinker défend l’idée que nous restons influencés par nos gènes, il se réjouit que la diminution de la violence ne soit pas due à la génétique, mais à des changements culturels majeurs. Il préfère des progrès scientifiques plutôt que des théories qui ne correspondent pas à la réalité.

Si certains s’indignent de ce réductionnisme biologique alors que Pinker se félicite que l’être humain ait une conscience, une intelligence, en somme qu’il a le savoir, on peut lui opposer en dernier ressort le constat plus amer (un constat et non une justification), que cette fameuse conscience est bien peu éclairée quand on regarde l’Histoire. L’être humain est l’espèce la plus barbare qui soit sous différents prétextes. Ce sont son intelligence et son imagination qui ont créé les armes les plus inventives pour exterminer quantités de gens dans cette rivalité et cette quête de territoire sans précédent, bien plus que ne serait le faire un animal avec ses simples instincts. Sans cette conscience précisément, rien ne serait arrivé. Car ce sont ceux qui manipulent intellectuellement ou affectivement les autres qui se retrouvent en posture dominante. Preuve que la biologie fonctionne aussi à travers le symbolique.

Nonobstant, Pinker dénombre quatre peurs : 1) La peur de l’inégalité : si les inégalités sont naturelles, alors elles semblent justifiables ou insurmontables. Pourtant, si on trouvait des différences intrinsèques entre des groupes, cela ne justifierait nullement des discriminations collectives. 2) La peur de l’imperfectibilité : si nos défauts sont indépassables, alors nous ne pouvons pas faire de ce monde un endroit meilleur. 3) La peur du déterminisme : la biologie provoque une perte du sens et de la responsabilité. Une personne ne peut être tenue responsable de ses actions. 4) La peur du nihilisme : la perte de toutes valeurs. Nos sentiments ne sont qu’une stratégie de l’évolution.

S’il serait trop long de discuter chacun de ces points, l’erreur manifeste est d’affirmer que le comportement culturel est indépendant de l’hérédité biologique. Or, la culture ne se développe pas en-dehors de toute base physiologique. L’évolution des modèles comportementaux implique des adaptations psychologiques, tant cognitives qu’émotionnelles qui influencent en retour les comportements. Scientifiquement, il est faux d’admettre que l’évolution des différences sexuelles ne serait pas liée à l’évolution comportementale et psychologique. La nature étant la nature, elle veut se pérenniser. Selon la loi darwinienne, seuls les individus les mieux adaptés se perpétuent afin de parachever l’entreprise reproductive, ce qui n’empêche pas de préserver les faibles et les maladroits. Il n’y a aucune discrimination morale dans ce processus. La nature maximise.

Cependant, il faut se poser une question dérangeante. Si on enlève toute prescription moraliste, le monde tel qu’il évolue n’est-il pas au fond « normal » ou « logique » ? On constate bien une rivalité agressive et une dominance entre les espèces et à travers les espèces. Pour le dire abruptement, est-on réellement étonné de constater dans l’espèce humaine autant de conflits, de guerres, de rivalités, de conquêtes de territoire et de ressources compte tenu des fondamentaux biologiques ? Notre volonté progressiste ne s’en trouve-t-elle pas réduite bien souvent à néant ? L’honnêteté me pousse à dire : non. Si cette « domination » existe et est naturelle, comment la freiner ? Par cette conscience réfléchie propre à l’humain ? Mais n’est-elle pas non plus un subterfuge « piloté » par la Nature dans son développement évolutif et hasardeux ? Et si, en fin de compte, le progrès technologique n’était qu’une illusion ? Et s’il aboutissait à un environnement de plus en plus prévisible, un retour de la capacité refoulée de destruction de la nature elle-même ? Et si son impulsion était pathologique ? Et si la volonté de s’affranchir absolument de la nature naissait de la tentative inconsciente d’un anéantissement ou d’un retour à la primitivité ? Difficile dilemme. Darwin répond dans ses Notes : « L’illusion générale au sujet du libre arbitre est évidente. Parce que l’homme a le pouvoir d’agir et qu’il peut rarement analyser ses motifs (qui sont à l’origine principalement instinctifs, et dont la découverte demande par conséquent un grand effort de la raison : voilà une explication importante), il croit que ses actions n’ont pas de motifs. » En dernière instance, il vaut mieux tenter de comprendre les comportements d’une façon rationnelle plutôt que de tabler sur des abstractions, des idéalismes rassurants mais peu opérants.

Sous cet angle, la théorie du genre relève plus du créationnisme. Autant croire que les licornes existent ou que les hippopotames ont des ailes. Selon elle, tout serait construit, et rien ne serait donné. L’hétérosexualité serait une oppression. Chacun pourrait être ce qu’il veut, malgré la différence des sexes. À une époque où cette théorie cérébralo-universitaire n’avait pas éclos, et où la GPA et la PMA n’existaient pas, faute de technologies, on se demande comment l’espèce aurait pu opérer pour se reproduire. Les hommes et les femmes seraient une page blanche, et leurs comportements sexués en général, et les néfastes en particulier, seraient entièrement imputables à l’éducation, à l’apprentissage et à la socialisation. Or, la norme ne veut pas dire qu’on ne puisse pas s’en écarter quelque peu. On dévie simplement de la norme, sans vouloir la remplacer. De nos jours, la marge veut devenir centrale, prendre le pouvoir pour devenir la norme en se faisant passer pour une anti-norme.

L’idée erronée mise en avant, est de partir d’une égalité toute théorique, dessinée arbitrairement, idéologique, entre les hommes et les femmes, malgré leur dimorphisme sexuel et les conséquences qui en découlent. Ce qui affleure, c’est que l’on tente de gommer cette différence et de culpabiliser l’être humain d’être ce qu’il est dans ses fondements, même si des variations se remarquent aisément. Il est difficile de faire fi d’une condition biologique, concrète et matérielle pour ne l’envisager que comme une domination idéologique, une construction culturelle.

C’est l’erreur des sciences sociales que de gommer la biologie de son champ d’investigation, de la minimiser ou de freiner les recherches en biologie évolutive. Et l’on comprend pourquoi cette dernière occasionne les cris des féministes qui nient une réalité matérielle et physiologique pour faire valoir une argumentation idéologique, la domination masculine (ce sera le travail de Simone de Beauvoir). Déni de réel. Évidemment, cet aspect idéologique, selon le jargon, est un sexisme déguisé. On reproche à l’homme son sexisme sans voir qu’on promeut le sien. Si l’on y réfléchit bien, en accusant l’entité homme, on n’attaque pas seulement une caractéristique violente, on accuse l’Homme dans sa totalité. Alors se pose une question : d’où vient cette domination ? Est-ce une essence inscrite dans l’âme de l’homme ? Une construction culturelle ? Si l’on joue la carte de la construction culturelle, d’où vient-elle ? La chose se complique quand on s’interroge sur le fait que le patriarcat se soit répandu sur la planète entière malgré les différences de culture ? Une construction culturelle à une si grande échelle, partout et tout le temps ? Serait-ce à cause de la force physique de l’homme et non plus à cause d’une construction culturelle ? Dans tous les cas de figures, on ne peut la déterminer, circonscrire son origine physique et/ou culturelle, sinon que d’accuser l’homme d’être homme. Ce qui apparaît, c’est que la femme se comporterait mieux simplement parce qu’elle est femme, c’est-à-dire d’évaluer ce sexe comme « supérieur » moralement ou matériellement. On tombe dans le sexisme inversé.

Pourtant, dans les cultures humaines, l’homme et la femme ont des natures singulières. Dans celles-ci, la division du travail s’établit en fonction du sexe : les femmes ont une plus grande propension à s’occuper des enfants et les hommes ont une plus grande propension dans les domaines politiques et économiques. Dans celles-ci encore, les hommes sont plus agressifs et meurtriers (la guerre) et ont tendance à vouloir séduire et faire la cour pour obtenir des faveurs sexuelles. Est-ce étonnant vu leur constitution ? La violence ne vient pas d’une particularité humaine vu que cette violence se retrouve chez les chimpanzés.

Poursuivons. Le fait majeur est qu’hommes et femmes présentent un dimorphisme important. S’il existe des exceptions, il reste des exceptions. La norme existe, matériellement établie. L’homme pèse une vingtaine de kilos de plus que la femme et est plus grand. Il est plus fort et la testostérone chez lui est environ quinze fois plus élevé que celui de la femme, ce qui le pousse à des comportements différents. L’instinct maternel n’a rien d’une construction culturelle et est inscrit dans le cerveau des femmes, et peut être vu et mesuré à l’IRM. De plus, il est un enjeu vital pour l’espèce, puisque les soins de la mère au petit stabilisent son ADN dans les premiers mois de sa vie. Et quand il s’agit dans un groupe de sacrifier l’un des deux sexes, c’est plutôt l’homme (principe de male disposability), quelle que soit la culture d’origine. Si les deux sexes disposent du même QI en moyenne, les courbes de répartition sont différentes, les hommes étant bien plus nombreux aux deux extrêmes de la répartition (il y a plus d’hommes que de femmes en-dessous de 85 de QI, plus de femmes que d’hommes entre 85 et 115 et à nouveau plus d’hommes que de femmes au-dessus de 115. Le cerveau masculin et le cerveau féminin peuvent être différenciés à l’IRM avec une précision de plus de 90%.

Biologiquement et matériellement parlant, les deux sexes sont différents. Espérer alors qu’ils puissent organiser une société d’une façon paritaire dans laquelle chacun des deux sexes serait affecté aux mêmes types de fonctions que l’autre pour un même résultat relève de la lubie idéologique. Cela revient à dire que cette société pourrait se permettre d’utiliser 50% d’individus moins aptes que les autres à cette tâche précise.

Les sociétés humaines subissent une pression évolutive : celles qui sont inadaptées périssent. Celles qui survivent sont celles qui ont été capables d’optimiser leurs ressources, notamment par une répartition des tâches sociales permettant la mise en valeur des excellences particulières des individus qui les composent.

Si le niveau de testostérone d’un homme varie d’un homme à l’autre et selon les saisons et la journée, il est lié à la libido, la confiance en soi et la volonté de dominer. Fait constatable chez les criminels dont le taux est plus élevé d’autant qu’entrent en jeu le nombre et la répartition des récepteurs de la molécule. D’ailleurs, les femmes ayant un niveau de testostérone plus important, par exemple dans un changement de sexe, a des capacités à la rotation mentale plus grandes. Elle sera moins souriante, aura des aventures extraconjugales et moins d’aisance verbale, etc.

Si Steven Pinker ne comprend pas grand-chose à la politique (Marx = marxisme = URSS = postmarxisme) , il écrit dans son domaine : « Les androgènes ont des effets permanents sur le cerveau en développement, et pas seulement des effets transitoires sur le cerveau adulte. Les filles qui ont une hyperplasie adrénalique congénitale ont une production excessive d’androsténédione ; malgré le retour à la normale de leurs niveaux hormonaux très vite après la naissance, en grandissant elles deviennent des garçons manqués, se bagarrant davantage, s’intéressant plus aux petites voitures qu’aux poupées, ayant de meilleures aptitudes spatiales et, plus tard, davantage de fantasmes sexuels et d’attirance sexuelle pour les garçons, mais aussi pour les filles. Celles qui n’ont un traitement hormonal que tard dans l’enfance ont, jeunes adultes, une sexualité plus proche de celle des hommes, les images pornographiques excitent rapidement leur libido, leurs pulsions sexuelles autonomes sont centrées sur la stimulation génitale, et elles ont l’équivalent d’éjaculations nocturnes. »

Pour savoir si la socialisation est principale dans le développement d’un enfant, il faudrait prendre un petit garçon, de le changer de sexe et l’élever comme une petite fille. Il aurait alors un comportement et un esprit de fille. Or, explique Pinker, «  une étude a examiné vingt-cinq garçons qui étaient nés sans pénis (il s’agit d’une malformation de naissance, l’exstrophie du cloaque) et qui ont alors été castrés et élevés en filles. Tous se comportaient en garçons, ayant une tendance à la bagarre et des attitudes et des intérêts typiquement masculins. Plus de la moitié déclarait spontanément être des garçons, l’un d’eux dès l’âge de cinq ans. » C’est aussi le cas célèbre d’un petit garçon de huit mois ayant perdu son pénis à la suite d’une circoncision malchanceuse. Ses parents ont eu recours au sexologue John Money, un adepte de la théorie du genre. Il a conseillé à cette famille de castrer leur enfant, de lui construire un vagin artificiel, de l’élever en fille sans rien lui dire. Or, en 1997, cet enfant a eu le sentiment d’être un garçon enfermé dans un corps de fille. Il déchirait ses robes, rejetait les poupées au profit de pistolets, préférait jouer avec des garçons, et cherchait à uriner debout. À quatorze ans, désespéré, il a décidé de vivre sa vie en garçon.  Son père lui a alors dit la vérité. Et il est redevenu un garçon. Que d’errements et de charcutage !

Ce qui reste étonnant est le fait que dans les cultures chaque sexe a « choisi » des rôles de genre caractéristiques, et ce depuis des millénaires. Un hasard ? Un complot ? Quelle coïncidence ! Même si l’on retire les « discriminations », les hommes et les femmes choisissent des métiers qui leur ressemblent si l’on ose dire à une très large majorité.

En général, les hommes sont meilleurs dans la rotation mentale d’objets et de cartes, résolvent mieux les problèmes de mathématiques et de vocabulaire, sont de meilleurs lanceurs, sont plus enclins à rivaliser entre eux pour élever leur statut par la violence et par la réussite professionnelle, acceptent de faire plus d’heures de travail et à sacrifier d’autres parties de leur vie (vivre dans une ville moins attrayante, quitter parents et amis quand ils déménagent dans le cadre de leur travail) pour construire leur carrière ou acquérir de la notoriété dans leur domaine, à supporter le manque de confort ou la saleté et sont plus aptes à  faire des travaux pénibles et dangereux ou préfèrent travailler pour des sociétés ou des entreprises en tant que directeurs.

En général, les femmes se souviennent mieux des repères et des positions des objets, sont plus adroites, meilleures dans le calcul mathématique, plus sensibles aux sons et aux odeurs, ont une meilleure perception de la profondeur, sont meilleures pour lire les expressions faciales et le langage du corps, sont meilleures en orthographe, ont une meilleure mémoire verbale, vivent les émotions de base plus intensément, ont des relations sociales plus intimes, ressentent davantage d’empathie pour leurs amis, mais pas pour les inconnus, maintiennent  plus longtemps les contacts oculaires, et sourient et rient plus souvent, mais recourent plus volontiers au dénigrement et autres formes d’agression verbale, ont plus tendance à choisir des emplois d’assistance administrative avec des salaires moins élevés dans des bureaux, à s’investir dans la fonction publique (hôpitaux) et les organisations à but non lucratif ou en tant que directrices des relations humaines ou de la communication d’entreprise. Elles sont plus attachées à leurs enfants que les pères, et ce depuis l’évolution des premiers mammifères.

C’est dire que le choix de carrière est souvent marqué par cette différence sexuelle dans le fait d’accorder plus ou d’importance au travail ou aux enfants. On oublie que cette différence ne dit rien sur les discriminations qui existent à d’autres niveaux (souvent par haine bien partagée chez les êtres humains). En aucun cas, les hommes et les femmes ne sont une page blanche. Pinker écrit ainsi : « Et en fait, une étude récente de données de l’enquête longitudinale nationale sur la jeunesse a trouvé que les jeunes femmes sans enfants entre 27 et 32 ans gagnent 98 cents pour chaque dollar gagné par les hommes (Furchtgott-Roth & Stolba, 1999). Même pour les personnes qui sont cyniques sur les motivations des employeurs américains, cela ne devrait pas être une surprise. Dans un marché où règne la loi de la jungle, la moindre entreprise qui serait assez stupide pour mépriser les femmes qualifiées ou pour surpayer les hommes non qualifiés serait acculée à la banqueroute par une concurrente plus méritocratique ». De plus, il est étrange que ces rôles soient considérés comme forcément négatifs ou positifs par pur moralisme d’autant que cette idéologie antidiscriminatoire deviendrait contraignante envers ceux qui aimeraient tel type de travail pour les pousser vers un autre qu’ils détestent. Et à juste titre, Pinker ajoute : « Il semblerait donc que la critique morale ne devrait s’exercer que contre ceux qui mettent des dogmes en pratique, ignorent les preuves ou censurent la recherche car ils protègent leur notoriété au détriment des victimes de viols qui pourraient être évités si nous connaissions mieux ce phénomène. »

Dans le terme de construction sociale, outre qu’il n’existe pas d’humain sans, on peut noter qu’il s’agit de fictions par rapport aux rôles genrés. Si vous ne croyez pas à la gravitation, elle continuera de s’exercer tout de même. Mais dans les rôles genrés, l’être humain ne peut pas vivre sans ordres imaginaires qui sont la traduction culturelle d’une constitution biologique. Ils ne sont pas apparus par hasard pour assurer la pérénnité de l’espèce humaine :  l’argent, la loi, la justice, la frontière, l’État, la famille, les droits de l’homme, etc. Il serait trop simple de les remettre en question pour s’en émanciper sinon à en établir d’autres mais d’autres personnes s’en trouveraient lésées. Les remettre en cause sous le fallacieux prétexte qu’il ne s’agit que d’une construction sociale n’est qu’un leurre. Cette construction sociale n’est ni arbitraire ni illégitime, ni évidente à remplacar sans déstructurer toute la société.

Si une société brime certaines femmes, il est inexact qu’elle les brime toutes. Les écarts de salaire entre hommes et femmes sont infondés en regard du fait que beaucoup de femmes préfèrent travailler à mi-temps et d’avoir des enfants plutôt que d’entrer en rivalité. De même, l’idée selon laquelle les hommes discrimineraient les femmes est faux, comme l’a montré la découverte de l’effet Women are wonderful. Cest le contraire. Le groupe le plus sexiste n’est pas celui que l’on croit, les femmes étant, en règle générale, à 350% plus sexistes que les hommes. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_%C2%AB_Les_femmes_sont_formidables_%C2%BB)

De plus, ce sont les hommes qui souffrent le plus du monde dans lequel nous vivons, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas plus brutaux.

1) 79% des crimes touchent des hommes dans le monde. (1) http://quillette.com/2018/02/24/behavioral-ecology-male-violence/) ou https://www.unodc.org/documents/gsh/pdfs/2014_GLOBAL_HOMICIDE_BOOK_web.pdf page 13)

2) 96,4 % des détenus sont des hommes. http://www.justice.gouv.fr/art_pix/mensuelle_fevrier%202018_2.pdf (page 30)

3)  95 % des sans-abris sont des hommes. (https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281324 (page 3)

4)  73,6 % des auteurs de suicides sont des hommes. (https://www.insee.fr/fr/statistiques/1373706?sommaire=1373710&q=suicide (page 2)

5) 91% des accidents mortels de travail en 2015 sont des hommes. (http://www.risquesprofessionnels.ameli.fr/fileadmin/user_upload/document_PDF_a_telecharger/etudes_statistiques/Trajet_2015/AT-TR-MP%202015%20tous%20CTN%20et%20par%20CTN%20(n-2016-137).pdf) page 14

De plus, le combat féministe comme tout combat idéologique ne va pas se dissoudre même s’il parvient à obtenir satisfaction sur tous les plans. Un succès en encourage un autre et il s’autoalimente de lui-même, ne serait-ce que parce que ce combat est structuré par des membres permanents payés en fonction de cela par de l’argent public. Il est peu probable que ces membres renoncent à se priver de cet argent en déclarant que la lutte est terminée. Sinon ce serait le chômage assuré et le moteur de la contestation ne va pas s’arrêter brusquement.

Le plus étonnant est que cette théorie du genre se dit de « gauche ». Pourtant, si Karl Marx ne s’est jamais dit de « gauche » (il n’y a aucune occurrence de ce terme dans toute son œuvre), il faisait référence à une seule chose pour analyser la réalité : la réalité physique. La vie réelle. Il écrit dans L’Idéologie allemande : « Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c’est à partir de leur processus de vie réelle que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles. De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie. » En somme, « ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. » Et il faut ajouter que pour Marx, il faut d’abord changer l’infrastructure avant de changer la superstructure. Donc changer l’homme par le culturel (la superstructure) est antimarxiste.

En réalité, elle provient de Michel Foucault qui, à l’heure du déconstructionnisme, a proclamé la mort de l’homme dans Les Mots et les choses avant de remettre un certain Sujet, les opprimés et les minorités au centre de son analyse. Bien loin d’être marxiste ou postmarxiste, elle est même néo-libérale puisque les travaux de l’économiste Gary Becker a acclamé Michel Foucault en déclarant : « J’en apprécie la plus grande part et je ne suis guère en désaccord avec lui. Je suis également incapable de dire en quoi Foucault est en désaccord avec moi. » (https://journals.openedition.org/socio/702) Dans le même document, François Ewald dit :  « Il faut tout d’abord expliquer le paradoxe suivant : comment est-il possible qu’un intellectuel, un philosophe français – quelqu’un réputé être un philosophe français de gauche, un radical – puisse donner au Collège de France, à la fin des années 1970, un cours dans lequel il fait l’apologie du néolibéralisme, et particulièrement l’apologie de Gary Becker, que Foucault présente dans Naissance de la biopolitique comme le représentant le plus radical du néolibéralisme américain ? »

C’est cet étrange processus idéologique que la théorie du genre promeut tout en se disant contradictoirement de gauche : se construire une image idéale reposant sur l’égalité qui ne sort de nulle part, une image platonicienne, idyllique à laquelle les êtres humains devraient se rallier les yeux fermés. Elle table sur une chose fort simple : la domination d’une élite masculine sur les minorités et les femmes, principe élaboré à la suite du XIXe siècle. En fait, nous verrons que cette théorie du genre n’est qu’une théologie libérale, le libéralisme ayant changé de stratégie depuis la Révolution industrielle. La théorie du genre ne part donc pas du monde concret, mais voit les êtres humains et leurs rapports la tête en bas comme dans une caméra obscura, renversant le processus découlant de la vie physique sur la rétine. Idéologiquement, le faux devient le vrai, et le vrai devient le faux.

Bref, c’est la grande bataille entre la biologie évolutive et les sciences sociales. Sauf que la réalité se vérifie concrètement et biologiquement tout d’abord. On note aussi que les options politiques, comme celles de Steven Pinker ou d’autres dans le domaine évolutionniste, les mènent à défendre la société libérale. Il y a donc une prudence à adopter dans ce domaine, car s’il faut prendre en compte de préférence leurs analyses scientifiques, on n’est pas obligé de corroborer leurs choix politiques. De l’autre, baser une société sur une mystique égalitaire et identitaire propre aux sciences sociales n’est pas non plus envisageable.

Je le disais plus haut : les hommes ont un phallus, et les femmes un vagin, et tous les deux s’emboîtent magiquement bien. La réalité reste la réalité contre les délires, ou les fantasmes. Et un peu de biologie évolutionniste ne fait pas de mal. Contre toutes les théories spéculatives qui tentent de prendre leur imagerie pour la réalité, il vaut mieux partir de la réalité, histoire d’avoir une assise concrète, sinon on risque de se méprendre totalement et d’avaler une représentation fictive : « Pour chaque époque, elle croit sur parole ce que l’époque en question dit d’elle-même et les illusions qu’elle se fait sur soi » écrit encore le grand barbu rouge.

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III/ L’analyse biologique et évolutive

Il est utile de résumer quelques points-clefs en biologie évolutive pour que le lecteur ne se méprenne pas sur le sens des termes, notamment sur le caractère moral, et sur la notion d’inéluctabilité. Par exemple, un caractère « bon » en sélection naturelle est celui que développe l’individu pour son intérêt reproductif. Ce succès reproducteur ne lui assure pas seulement une descendance, mais une descendance qui parviendra à survivre et à se reproduire sur le même mode. Simple constatation. Il n’y a donc pas de rapport entre cette sélection naturelle et ce qui est moralement bien ou mal. C’est ce qu’on appelle l’erreur naturaliste. De fait, la biologie n’est pas une programmation, mais une interaction. Durant de longues périodes, la sélection naturelle a créé de complexes conceptions phénotypiques à partir de la simple variation génétique aléatoire produite par quatre agents évolutionnaires (la sélection, la dérive, le flux et la mutation génétique). La reproduction différentielle des individus suite aux défis environnementaux engendrent une sélection cumulative et directionnelle. Cette évolution n’est pas déterministe (inévitable), mais produit des caractères qui obéissent à certaines adaptations. Comportements appris ou innés sont le résultat des interactions entre l’environnement et nos gènes. La sélection validera ou non leur pérennité.

La biologie évolutive réfute l’idée que les caractères physiques soient distincts des caractères psychologiques. Les problèmes de nos ancêtres étaient spécifiques par rapport à un environnement particulier. La sélection a dû donc trouver des adaptations singulières pour résoudre des problèmes. Des adaptations psychologiques à but particulier ont dû être favorisées pour la réussite des comportements humains. Cette flexibilité ne nie pas l’existence de structures cérébrales spécialisées. Cela veut dire qu’en général, la réalité se passe plus souvent d’une façon que d’une autre, ou que les généralités, c’est ce qui arrive plus souvent que l’inverse. C’est tout. Ce n’est pas parce que vous agissez autrement que cette « exception » existe partout et tout le temps.

« Nous savons depuis au moins quarante ans qu’il existe de réelles différences génétiques dans les comportements des deux sexes, mais nous en avons appris énormément depuis – les femmes usent de leur cerveau d’une façon plus symétrique et la plupart des différences génétiques concernent le cerveau, le tissu le plus génétiquement actif de tout le corps humain [1] » écrit le biologiste Robert Trivers. Si la testostérone et les œstrogènes ne sont pas des hormones spécifiquement masculines et féminines, c’est leur quantité dans l’organisme qui est spécifique : les testicules secrètent en gros 7000 μg de testostérone/jour pour en redistribuer 0,25 % en œstrogènes. Les ovaires secrètent 300 μg de testostérone pour en redistribuer 50% moitié en œstrogènes.  Les hommes produisent près de 20 fois plus d’androgènes que les femmes et les femmes en convertissent 200 fois plus en œstrogènes. La quantité d’œstrogènes est 1000 fois moindre chez les hommes. Dès lors, on constate des différences physiques fondamentales entre les hommes et les femmes : les hommes sont plus grands et plus forts ; ils mettront au monde plus d’enfants mâles que femelles etc. De fait, les comportements seront différents : les hommes auront des activités à risques pour obtenir des partenaires, ils s’engageront dans d’autres activités mortelles (combat, accidents, travaux), étant plus agressifs que les femmes (testostérone). Enfin, les hommes seront moins difficiles dans le choix des partenaires que les femmes et plus désireux de s’accoupler sans risques. Pourquoi ?

Comme l’a démontré le même Robert Trivers en 1972, les hommes ont un investissement parental minimum alors que les femmes ont un investissement parental maximum dans la production d’un enfant. L’investissement parental de l’homme est donc faible : quelques minutes d’accouplement et peu d’éner­gie pour éjaculer dans le vagin de la femme. La chose est peu risquée pour lui, demandant peu d’efforts. On appelle l’effet Coolidge le fait pour un homme d’avoir un regain d’excitabilité sexuelle à la vue d’une nouvelle femme. L’anisogamie (mode de production hétérogame) implique qu’un spermatozoïde est bien moins coûteux à produire qu’un ovule (des millions de spermatozoïdes par jour contre un ovule par mois pour les femmes). Par contre, l’investissement parental de la femme est nettement plus conséquent : elle doit investir beaucoup de temps et d’énergie pour la grossesse, la naissance, l’allai­tement, et l’éducation. Compte tenu de cette différence biologique fondamentale, les hommes vont avoir tendance à multiplier les conquêtes jusqu’à un âge avancé puisqu’ils le peuvent, histoire de répandre leur patrimoine génétique. Cet effort reproducteur détermine le nombre d’enfants produits et leur probabilité de survie. En gros, le sexe à l’investissement parental maximal (la femme) devient une ressource limitée pour l’autre sexe (l’homme). Les femmes se trouvent en position de choisir leurs partenaires, tandis que les hommes doivent riva­liser pour être choisis. Comme les femmes ont l’investissement parental maximum, ce sont les hommes qui se mettent la misère pour avoir accès à elles. Quand, chez des animaux, ce sont les mâles qui ont cet investissement parental maximum, ce sont les femelles qui se mettent la misère.

L’effort parental sera l’objet d’une compétition intensive entre représentants d’un même sexe pour pouvoir se reproduire. Les mâles rivaliseront avec les autres mâles pour accéder à l’effort parental des femelles, et les femelles rivaliseront avec les autres femelles pour accéder à l’effort parental des mâles. L’action de la sélection sexuelle sur chaque sexe est donc déterminée par l’investis­sement parental relatif des deux sexes. La différence dans le coût minimal de la copulation permet de dire que la sélection a imposé plus d’efforts d’accouplements aux hommes qu’aux femmes.

La réalité physique est imparable : l’homme étant plus fort, c’est lui qui a eu la tâche pendant des milliers d’années de subvenir à sa famille et de la protéger. Inversement, la femme, donnant naissance à des enfants, devait les soigner, les élever et les protéger. Si on ne confond pas inégalités et injustices, c’est ainsi que les choses se sont passées depuis nos lointains ancêtres afin que l’espèce humaine se perpétue. C’est tout.

Conséquences : il faut trouver le ou la partenaire. C’est l’homme qui est le plus faible dans l’histoire. Il a moins de choix, alors que la femme jeune a une cour de soupirants prête à lui grimper dessus. Et pour cause, elle a la perpétuation de l’espèce entre ses cuisses. Pour parvenir à son but, l’homme multiplie les avances sexuelles, et la femme attend. On connaît le dicton populaire : « l’homme propose et la femme dispose. » Il ne sort pas de la cuisse de Jupiter, mais de Darwin. « Faites une moyenne à la louche et la vérité éclatera devant vos yeux ébahis : 71,5% des hommes acceptent de coucher avec une femme qui le leur demande de but en blanc, contre seulement 1,5% des femmes quand cette même proposition sort de la bouche d’un homme [2]» écrit Peggy Sastre d’après une étude. Rien d’étonnant à cela, même si de temps en temps, des femmes prennent les devants. Est-il surprenant alors que les femmes soient plus agacées par des hommes qui cherchent à obtenir une relation sexuelle trop tôt, ou plus fréquemment, alors que les hommes sont plus irrités par les femmes qui retardent la relation sexuelle ou ne répondent pas à leurs avances ?

Ce fait n’est que rarement mentionné. Il est ce que j’appelle le territoire invisible que l’on trouve chez tout le monde. Une personne vous fait croire qu’elle n’en a pas tout en vous demandant d’agir de la même façon qu’elle. Chez les femmes, il consiste dans leur séduction. Elles savent que les hommes viennent à elles spontanément comme la limaille de fer est attirée par un aimant. C’est dire que de demander une pondération aux hommes dans leurs avances sexuelles est un leurre, étant donné que les femmes jeunes ont un avantage supérieur dans ce domaine. Si les hommes avaient autant de choix, il n’y aurait pas ou moins de soucis. Les jeunes femmes le savent bien, mais font comme si cela n’existait pas. Territoire invisible.

Il y a trois catégories majeures qui expliquent l’évolu­tion du charme physique et des préférences pour des partenaires attirants : 1) la « sélection sexuelle de bons gènes » où les femmes préfèrent des partenaires attirants parce qu’ils impli­quent des gènes qui contribueront à la naissance d’enfants jouissant d’une survie accrue. 2) Les femmes préfèrent des parte­naires attirants car le choix de tels partenaires donne à leurs enfants des gènes qui les rendront sexuellement attirants. 3) Si les partenaires physiquement plus attirants sont préférés, c’est parce qu’ils fournissent à leurs partenaires et/ou à leurs enfants davantage de bénéfices maté­riels (alimentation, protection, meilleurs territoires, absence de contagions).

L’homme est un pressé et un impatient. Son envie se voit comme un nez de clown au milieu de la figure. Si les hommes font les avances sexuelles, ce n’est pas prioritairement pour obtenir du pouvoir sur les femmes, c’est avant tout pour copuler et se reproduire, assurer la perpétuation de l’espèce. Entre Brigitte Bardot à 20 ans et Brigitte Bardot à 50 ans, laquelle va être importunée ? Les hommes luttent pour avoir accès aux femmes jeunes, centre de leur attraction (que l’on retrouve dans la prostitution, la pornographie, ou le viol). Ils surclassent dans la reproduction ceux qui préfèrent « l’âge prére­producteur » ou « l’âge postreproducteur » par le fait que les femmes les plus désirables sont celles qui ont un plus grand potentiel reproducteur. La notation de la beauté des jeunes femmes par les hommes est liée au WHR (ratio taille-hanches) et aux traits du visage, indicateurs de la fécondité de la femme. Les catégories les plus importantes déter­minant une attirance physique chez les hommes sont l’âge, la symétrie bilatérale et les marqueurs hormonaux (caractéristiques du visage et d’autres régions du corps résultant de l’action des hor­mones sexuelles – androgènes pour les hommes, et œstrogènes pour les femmes) La symétrie est le meilleur marqueur disponible de la qualité génétique et phénotypique d’un individu. La protection physique est la seule composante de l’investissement où les hommes symétriques marquent davan­tage de points. Leur prédominance est manifeste notamment dans la lutte contre les autres hommes.

Les hommes préfèrent les relations courtes, multipliant leurs chances d’engendrer. Ils peuvent produire plus d’enfants par des rencontres sexuelles fréquentes avec des partenaires différentes. Un homme vainqueur d’une compétition sexuelle par son apparence, son statut ou ses ressources a plus de chances de trouver un plus grand nombre de femmes à haut potentiel reproducteur. Dans ces circonstances, les hommes ont évolué de manière à prendre plus de risques que les femmes dans des compétitions sexuelles qui pou­vaient leur permettre d’augmenter le nombre d’enfants.

De l’autre côté, les femmes sont plus minutieuses dans le choix du partenaire. Elles font attendre le prétendant pour le tester ou le répudier, préférant les relations durables.  Et il ne semble pas illogique, étant donné leur investissement parental maximum, et après avoir rôti le balai entre leurs jambes dans leur prime jeunesse (phénomène plus prépondérant de nos jours grâce à la contraception), qu’elles préfèrent un mâle dominant qui dispose de certaines caractéristiques et ressources, permettant protection et développement de leur progéniture. Si les femmes rivalisent sexuel­lement, non pour la copulation en soi, elles peuvent aussi renoncer au temps, à l’argent et à la fidélité en faveur d’un partenaire attirant, considérant comme important d’avoir des enfants avec des gènes qui en améliorent la viabilité. De plus, l’ovulation cachée des femmes et leur réceptivité sexuelle quasi continue a peut-être été mise en place pour faciliter l’investissement paternel. Le choix féminin fondé sur la santé et la protection a été essentiel pour assurer un plus grand succès reproducteur au long de l’histoire humaine.

Gangestad et Thornhill ont fait une expérience étonnante. Ils ont demandé à des hommes plus ou moins symétriques de porter le même T-shirt pendant deux jours sans se laver ni utiliser de déodorant. Puis ils ont récolté les T-shirts et convoqué des femmes dans leur laboratoire pour les sentir. Chacune devait noter chaque T-shirt selon sa bonne ou sa mauvaise odeur. Les résultats, stupéfiants, ont montré que les femmes trouvaient l’odeur des T-shirts portés par des hommes symétriques plus agréables, mais uniquement si elles étaient en période d’ovulation. D’autres études constatent que l’odeur des hommes symétriques plaît plus aux femmes quand elles ne prennent pas la pilule contraceptive – vers le milieu du cycle, au point de fertilité le plus haut, quand le choix du géniteur est le plus critique.

D’après des études (David Buss, 1985, 1987, 1989), les femmes du monde entier utilisent la richesse, le statut et le potentiel de gain comme critères principaux dans leurs préférences de partenaires, et accordent plus de valeur que les hommes à ces attributs. Outre la protection, choix  prépondérant chez les femmes, l’acquisition de ressources peut englober : se faire offrir des vêtements de grands couturiers, rencontrer des gens haut placés, découvrir d’autres partenaires par l’entremise d’un amant et obtenir de l’avancement dans son travail. Certaines femmes se servent apparemment de leur sexualité pour s’assurer un statut, des biens matériels et l’accès à un vivier d’amants possibles grâce aux hommes qu’elles séduisent.

D’autres études (Wiederman et Allgeier, 1992, et Townsend, 1998) ont constaté que cette préférence ne disparaît pas parmi les femmes économiquement indépendantes, mais augmente. Ce n’est pas une conséquence de la dépendance éco­nomique des femmes vis-à-vis des hommes, comme la théorie féministe le suggère. Dans la monogamie, l’âge et l’apparence physique d’une femme sont corrélés au statut avantageux de son mari, histoire d’assurer leur progéniture. Chez elles, leur charme érotique est une voie de mobilité sociale ascendante. Elles sont attirées par des hommes au statut professionnel élevé. En revanche, les hommes ne sont pas indexés au statut de leurs femmes. Ils préfèrent des femmes plus attirantes sexuellement. Ceux qui disposaient d’une grande quantité de ressources ont eu une quantité relativement grande d’enfants, puisqu’ils avaient plus de partenaires à haute capacité reproductrice.

Élisa Brune et Yves Ferroul dans Le secret des femmes (Voyage au cœur du plaisir et de la jouissance) écrivent, que si l’orgasme est plus aléatoire chez les femmes, il faut y voir selon des chercheurs une astuce de l’évolution afin d’opérer une sélection parmi les hommes. « Si les femmes atteignaient facilement l’orgasme avec tout le monde, elles s’accoupleraient au premier venu et en seraient satisfaites. Mais si certains partenaires sont capables de le produire et d’autres pas, les femmes vont privilégier les bons amants. Or les qualités requises pour être un bon partenaire sexuel, patience, sensibilité, intelligence, empathie sont précisément celles qui en feront aussi un bon père, capable de s’occuper de sa progéniture. Ce sont des qualités sociales plus importantes pour le succès parental que la force brute. Grâce à leur orgasme capricieux, les femmes font donc d’une pierre deux coups : d’une pierre d’achoppement un bon coup et un papa modèle ».

Les études Thornhill (1995) ont constaté que les hommes symétriques provoquent davantage d’orgasmes lors du coït que les autres. L’orgasme féminin serait une adaptation du choix de la femme pour augmenter la quantité de sperme à conserver lors de l’éjaculation et renforcer le couple en produisant l’ocytocine.

À ce stade, résumons selon la théorie darwinienne, l’évolution jusque-là : la nature a donné naissance entre autres à deux êtres humains fort différents : l’homme est plus fort physiquement et la femme enfante. Le premier est mieux armé pour travailler, prend les risques nécessaires, est plus agressif et violent pour se défendre contre les ennemis potentiels ou pour conquérir d’autres territoires ainsi que pour subvenir à sa famille ou à son clan. Comme tout être de ce type, sa force et son élan vital le font se reproduire à tout prix : il copule le plus possible, privilégie le court terme afin de faire triompher son patrimoine génétique. La femme, elle, défend son optique de reproductrice avec un investissement parental maximal qui l’oblige à prendre soin de sa progéniture, ne pouvant s’opposer seule aux prédateurs et ayant intérêt à se couvrir avec un mâle fort, bien portant et socialement élevé pour la mettre à l’abri du besoin. Si l’homme est plus brutal et agressif, c’est lui qui paye le lourd tribut dans les travaux difficiles ou en cas de batailles et de guerres. Le patriarcat ne fut pas un « complot » des hommes, mais une nécessité en regard de l’évolution pour que l’espèce survive.

Tout cela est très logique du point de vue évolutionnaire. Ce comportement a été démontré chez toutes les espèces dans les systèmes sociaux appropriés. Il s’agit du schéma de base. Sans cette différenciation biologique, les rôles auraient été tout autres, mais comme l’espèce humaine est une espèce biologique, il fallait bien attribuer l’enfantement à l’une des deux sexualités. Il faut toujours le prendre en compte pour décoder les comportements et ne pas se leurrer bêtement ou naïvement par des discours romantico-nunuches. Croire que l’être humain possède une intelligence ou un cerveau, et que, de ce fait, il va pouvoir enrayer la mécanique biologique, voire la contrôler, est une grossière erreur.

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IV/ Les liaisons dangereuses

Les événements passés, qui ont trouvé leur point d’impact avec l’affaire Weinstein, sont le symptôme d’un changement fort inquiétant dans les rapports entre les hommes et les femmes. On se demande même pourquoi le sexe féminin serait exclusivement au centre des violences, oblitérant toutes les autres. Comme si nous avions sans cesse le sexe féminin au centre de notre vue comme celui du tableau de Courbet. Beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’une révolte légitime, point de vue facile à adopter vu le dolorisme et le victimisme qui ont cours avec le féminisme.  Bref, plutôt que d’en rester aux moulinets culpabilisateurs, entrons dans les études sur le plan rationnel.

Par rapport à ce que nous avons dit, les conflits entre hommes et femmes tournent souvent autour de la jalousie. Les relations triangulaires. Un couple + un amant ou une maîtresse. La jalousie masculine est d’ordre sexuel principalement. On le sait : le père est toujours incertain, la mère est toujours certaine. Un homme risque non seulement de voir ses gènes supplantés par un rival, perdant ainsi le privilège de se reproduire, mais d’élever des enfants qui ne sont pas les siens. Son coût reproductif serait énorme. La jalousie féminine est d’ordre affectif. Une femme craint que son mari s’attache à une rivale, perdant ainsi partiellement ou totalement les ressources consacrées à sa protection et à celle de ses enfants, sans parler de son abandon. Cela explique pourquoi les femmes « tolèrent » une passade, mais guère une relation amoureuse. Leur plus grand danger est bien entendu la belle jeune femme qui peut lui subtiliser un mari socialement dominant. C’est dire que la compétition intrasexuelle est intense, surtout l’âge venant. N’oublions pas que si les hommes agressent physiquement majoritairement les femmes, les femmes sont d’implacables cancanières envers les autres femmes.

Le psychologue évolutionniste David Buss dans son essai, Une passion dangereuse, à propos de la jalousie, écrit : « Les stratégies amoureuses diffèrent profondément d’un sexe à l’autre. Les femmes mettent l’accent sur l’engagement et tous les signes de celui-ci, notamment l’amour et l’implication affective. Les hommes ont développé un plus grand désir de variété sexuelle, ce qui engendre de nombreux et terribles conflits entre les sexes, dans la mesure où l’attrait des femmes pour une relation de longue durée s’en trouve bafoué. Parce que la jeunesse et la beauté sont fortement associées à la fertilité chez les femmes, les hommes ont également développé un désir plus fort à l’égard de celles qui présentent ces caractéristiques. Enfin, les hommes sont attachés à la fidélité sexuelle de leur partenaire parce que toute infidélité de la part de celle-ci remet en cause leur paternité. Les stratégies sexuelles des hommes et des femmes forment la base de l’architecture psychologique de la jalousie. » Si David Buss indique que la majorité des violences conjugales provient des hommes, ce sont souvent à cause des problèmes de jalousie, d’infidélité réelle ou imaginaire, ou de la crainte de dilapidation du patrimoine génétique. L’infidélité est la cause majoritaire des divorces chez les hommes (Laura Betzig). Et non d’une entreprise de domination purement et simplement. Les problèmes sont bien plus complexes.

Si l’infidélité est plus proprement masculine, la femme a une stratégie différente selon David Buss : « Les études que j’ai réalisées avec Heidi Greiling permettent de proposer une hypothèse surprenante, la théorie des « fils sexy ». En faisant l’amour avec des hommes sexy, les femmes donnent souvent naissance à des fils tout aussi sexy. Quand ces fils grandissent, ils attirent un nombre de femmes supérieur à la moyenne, ce qui leur donne un avantage génétique dans la compétition. Les mères s’assurent ainsi, par leur intermédiaire, un succès reproductif personnel. » Il y a bien sûr d’autres composants :  renforcer leur confiance en elles en attirant l’attention d’autres hommes ; renforcer l’attachement de leur compagnon en lui montrant à quel point elles sont désirables et avec quelle facilité elles pourraient le remplacer ; enfin tester la force du lien affectif : si l’homme reste indifférent, elles comprennent qu’il est peu engagé.

Prenons ensuite les conflits tragiques que sont les viols, et qui enveniment les relations entre les hommes et les femmes.

La théorie féministe des genres sur le viol émane d’un ouvrage, Le Viol, qui a été publié en 1975 par Susan Brownmiller. Le passage célèbre est celui-ci : « La découverte par l’homme que ses organes sexuels pourraient lui servir d’arme pour inspirer la peur doit figurer parmi les découvertes les plus importantes des temps préhistoriques, avec l’utilisation du feu et la première hache de pierre. Je pense que depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, le viol a toujours exercé une fonction déterminante […]. Ce n’est ni plus ni moins qu’un processus d’intimidation conscient par lequel tous les hommes maintiennent toutes les femmes dans un état de peur. » (Brownmiller, 1975, p. 14.) Donc tous les hommes maintiendraient toutes les femmes dans la peur ? Comme si les femmes subissaient seules des violences au passage. Dans le monde, 79% des crimes sont perpétrés par des hommes sur d’autres… hommes.

L’idée fut de croire que le viol ne relève pas de la sexualité et que notre culture éduque les hommes  à violer, voire encourage la violence faite aux femmes. On retrouve l’idéologie que les êtres humains sont des tables rases (les hommes sont éduqués dans ce sens), que leur seul ressort est le pouvoir (et non le sexe). Certes, le viol est lié à la violence et au pouvoir, mais aussi à la sexualité, car pourquoi les hommes s’en prendraient-ils seulement qu’aux femmes sous cet aspect ? À force, on en est arrivé à penser que si le sexe est une chose bonne et naturelle, et que le viol est une chose néfaste et horrible, cela ne peut venir que des institutions sociales et non de la nature humaine. Ce qui reviendrait à dire qu’un braquage de banque n’a pas pour objectif l’argent ou la cupidité.

La chose surprenante est qu’un violeur risque de se faire blesser par sa victime et de se faire bannir de la société, outre d’aller en prison. Pourquoi prendrait-il de tels risques pour perpétrer une violence pour tous ses congénères masculins ? Et ce même dans les sociétés traditionnelles. Or les violeurs sont souvent des individus « perdants ». Favoriseraient-ils ainsi des hommes socialement élevés en haut de la pyramide sociale ? La stratégie des violeurs ne serait-elle pas plutôt parce qu’ils ne parviennent pas à obtenir le consentement des femmes par rapport aux hommes favorisés par la nature ? Et ils sont majoritairement représentés chez les hommes jeunes et mûrs. Les hommes âgés perdraient ainsi toute « culture du viol » avec l’âge. Ajoutons que là, où la civilisation s’effondre, le viol augmente.

Les violeurs s’attaquent principalement aux jeunes femmes fertiles et rarement aux femmes âgées et ménopausées. Il en est de même dans le « viol conjugal » à moins de dire que le viol ne concerne pas la femme dans le couple. Par exemple, une femme peut interrompre à tout moment son consentement. Si l’homme persiste, c’est un viol. Dans ce sens, son motif sexuel aurait-il changé consentement ou non ?

Dans un pays comme le Japon, où les rôles de genre sont stricts, le viol est beaucoup plus bas alors qu’aux États-Unis, où ces rôles sont prépondérants, le viol est fréquent. Le paradoxe est que les femmes sont plus en danger dans les années 1970-1980 que dans les années 1950. Et de même, autre paradoxe, plus les femmes acquièrent une liberté et plus elles se retrouvent dans des situations dangereuses. Alors on peut s’indigner et dire : les femmes s’habillent comme elles veulent et sont libres et que de surcroît, le viol n’a rien à voir avec la sexualité. Ce qui aboutit à une augmentation du viol par pur mépris de la réalité et de ses menaces. Il n’empêche que l’on ne laisse pas sa voiture ouverte, à la portée de n’importe qui.

Reprenons. Le viol humain est-il le résultat d’une adaptation ou le produit dérivé d’autres adaptations ? Est-il le résultat de la psychologie masculine conçue par la sélection, ou est-il un effet fortuit d’une adaptation à des circonstances ? « Le viol humain résulte de la machinerie évoluée des hommes pour avoir un grand nombre de partenaires dans un environ­nement où ce sont les femmes qui choisissent » écrivent Thornhill et Palmer au terme de leur essai. Ils ajoutent : « La sélection sexuelle – le premier type de sélection qui explique les différences sexuelles qui mènent au viol – est le succès reproducteur différentiel des individus en fonction des différences dans leurs caractères qui déterminent le succès des accouplements (lequel se mesure en termes de sur­vie des partenaires, d’investissement parental, de capacité reproductrice et, chez les hommes, également en nombre de partenaires et par le succès de fécondation d’ovules quand leur sperme est en compétition avec le sperme d’autres hommes). » Étant donné le faible investissement et donc le bas prix de chaque accouplement masculin, la sélection sexuelle a favorisé les hommes qui ont eu un grand nombre de partenaires.

Le viol humain est-il le résultat d’une adaptation ou le produit dérivé d’autres adaptations ? Est-il le résultat de la psychologie masculine conçue par la sélection, ou est-il un effet fortuit d’une adaptation à des circonstances ? « Le viol humain résulte de la machinerie évoluée des hommes pour avoir un grand nombre de partenaires dans un environnement où ce sont les femmes qui choisissent » écrivent Thornhill et Palmer au terme de leur essai. Ils ajoutent : « La sélection sexuelle – le premier type de sélection qui explique les différences sexuelles qui mènent au viol – est le succès reproducteur différentiel des individus en fonction des différences dans leurs caractères qui déterminent le succès des accouplements (lequel se mesure en termes de survie des partenaires, d’investissement parental, de capacité reproductrice et, chez les hommes, également en nombre de partenaires et par le succès de fécondation d’ovules quand leur sperme est en compétition avec le sperme d’autres hommes).» Étant donné le faible investissement et donc le bas prix de chaque accouplement masculin, la sélection sexuelle a favorisé les hommes qui ont eu un grand nombre de partenaires.

La sélection sexuelle favorise la prise de risque maximale quand la compétition est la plus intense à l’âge adulte. À cet âge, les hommes ont été l’objet d’une forte sélection sexuelle pour dénicher des ressources et gravir l’échelle sociale parce que, dans l’histoire évolutionnaire humaine, le succès reproducteur masculin dépendait de ce type d’entreprises. La combinaison des deux pics – prise de risque et désir sexuel – explique pourquoi des hommes jeunes violent davantage que d’autres si l’on ajoute qu’ils « valorisent » la partenaire féminine en fonction de sa jeunesse. Entrons dans le détail.

Étant donné que les hommes veulent s’accoupler davantage que les femmes et que ces dernières effectuent un choix draconien dans le partenaire, le viol constitue un contournement de ce choix étant donné que certains hommes ne peuvent pas séduire facilement. Dans les populations ancestrales, chez de nombreuses espèces, y compris l’espèce humaine, la difficulté d’obtenir l’investissement parental d’un membre méticuleux dans le choix de son partenaire constituait un obstacle certain pour les mâles qui offraient un investissement parental moindre. Il n’est guère étonnant que des hommes évaluent les coûts/bénéfices du viol pendant les guerres, permettant l’accouplement avec des femmes jeunes et attirantes, étant donné que les risques d’être pris sont peu élevés et que les femmes ne profitent pas de la protection de leur famille ou de leur partenaire.

On apprend ainsi que le viol occasionnerait des éjaculations plus massives que celles produites lors d’un accouplement consensuel, augmentant la probabilité de la fécondation. La biologie évolutive l’explique par le fait que le viol aurait été associé à une sévère compétition dans l’histoire humaine. Idée « facile » à concevoir : prendre agressivement une femme est une expérience transgressive (non-consentement), renforçant l’excitation et supplantant les autres mâles qui ont plus facilement accès aux femmes. On remarque au passage, l’homme étant plus fort physiquement, qu’il n’est guère étonnant de le retrouver en tête dans ce type d’agression. Il s’agit bien d’une caractéristique biologique qui différencie nettement les hommes des femmes, à moins de croire qu’il s’agit d’une construction culturelle dont on se demande bien d’où peut-elle surgir. Réponse tellement facile qu’elle encercle l’interlocuteur à chaque objection.

Les taux de violence sont plus élevés chez les gens d’un niveau socio-économique infé­rieur que chez ceux d’un niveau moyen, et plus encore chez ceux d’un niveau supérieur. Ce modèle, couplé avec la forte probabilité (82%) qu’un violeur et sa victime vivent dans le même voisinage, indique que ces hommes sont surreprésentés parmi les violeurs. Les violeurs étudiés, expliquent Thornhill et Palmer, étaient caractérisés par des frustrations et des échecs répétés dans leurs relations amoureuses et sexuelles, indiquant que des troubles psychosociaux pourraient avoir été la cause des désavantages compétitifs dont ils souffraient. L’absence du père sur le comportement sexuel d’un fils confirme l’importance de son rôle dans cette socialisation. Nigel Barber (1998) a étudié cet aspect particulier et avance que les enfants élevés sans la pré­sence d’un père courent environ sept fois plus de risques d’être impliqués dans un comportement criminel sérieux au cours de leur vie. Chiffres qui laissent songeur étant donné la fracture parentale actuelle où des femmes élèvent seules le plus souvent un enfant après avoir écarté le père. Randy Thornhill et Carl T. Palmer écrivent : « L’affirmation selon laquelle les traditions culturelles mascu­lines peuvent dissuader du viol est en opposition directe avec la supposition des féministes, selon laquelle les traditions cultu­relles masculines causent le viol, et les deux visions mènent à des solutions radicalement différentes. En réalité, même si de nombreux aspects des traditions patriarcales peuvent être indésirables pour toutes sortes de raisons, il est probable que le refus de toutes les traditions masculines que l’on pourrait considérer comme patriarcales aug­menterait la fréquence du viol. Lederer (1980, p. 124) cite la sociologue Judith Bat-Ada qui observe qu’il y a beaucoup de dangers à éliminer les hommes des « relations traditionnelles femme-homme et enfant-père, qui, bien que patriarcales, impli­quent au moins une certaine norme de responsabilité et de souci de soi et des autres ».

Les viols touchent, comme on s’y attend, plus les femmes jeunes que celles qui sont âgées. Toujours d’après Thornhill et Palmer, une étude nationale aux États-Unis sur les viols déclarés et non déclarés, sur un échantillon représentatif de femmes de dix-huit ans et plus, a permis de constater que 62 % des victimes avaient entre onze et vingt-neuf ans ; 6 % étaient plus âgées et 29 % avaient moins de onze ans. L’âge de plus en plus précoce des premières règles chez les femmes occidentales contribue à augmenter l’attirance sexuelle exercée par certains enfants de moins de douze ans. Les plus jeunes victimes sont violées en proportion de la population : les victimes enfantines (ayant moins de douze ans) représentent 16% des victimes de viol américaines en 1992. Les jeunes femmes adultes sont donc sur­représentées ; les filles plus jeunes et les femmes ménopausées sont minoritairement représentées dans la population des victimes de viols.

En passant, j’ai appris que les États-Unis étaient la première société au monde à recenser plus de viols d’hommes que de femmes, une particularité imputable au très grand nombre d’hommes qu’on a jugé bon d’emprisonner  (Lire Christopher Glazek, « Raise the Crime Rate », n+1 , hiver 2012.  Lire également « More Men are Raped in the US than Women, Figures on Prison Assaults Reveal », London Daily Mail , 3 octobre 2013.)

L’enquête en 2015 de l’INED [3] intitulé Viols et agressions sexuelles en France : premiers résultats de l’enquête Virage va dans le même sens. Le nombre annuel de personnes de 20 à 69 ans victimes d’au moins un viol ou une tentative de viol est estimé en France à 62 000 femmes et à 2 700 hommes. La proportion de femmes de 20 à 69 ans victimes de viols ou de tentatives de viol au cours des douze derniers mois est de 0,3 %. Le nombre de personnes victime d’autres agressions sexuelles au cours des douze derniers mois est estimé à 553 000 femmes et 185 000 hommes. Les agressions sexuelles en 2015 frappent plus fréquemment aux jeunes âges : entre 20 et 34 ans, elles concernent une femme sur vingt, soit cinq fois plus qu’entre 50 et 69 ans.

La famille et l’entourage proche constituent l’espace majeur des agressions : 5 % des femmes y ont subi au moins une agression depuis leur enfance et 1,6 % au moins un viol ou une tentative de viol. Ces violences se produisent principalement aux jeunes âges : 82 % des viols et des tentatives de viol subis dans la famille débutent avant les 15 ans de la victime.  Les relations de couple et les relations avec un ex-conjoint, sont le deuxième espace dans lequel les femmes subissent le plus de viols et de tentatives de viol, dont 10 % avant 18 ans. Le troisième espace est les études ou l’activité professionnelle, cadre d’agressions sexuelles autres que le viol et la tentative de viol, par exemple dans les relations entre pairs et entre collègues, entre supérieurs et subordonnés, enseignants et élèves, mais aussi dans les rapports avec la clientèle. Enfin, le quatrième espace est l’espace public où se rencontrent des personnes plus ou moins connues et des inconnus : les relations avec des professionnels, les déplacements dans l’espace public (y compris les transports publics), les relations avec des voisins… Les femmes y subissent des agressions sexuelles au cours de leur vie (8 %), notamment des viols ou tentatives de viol (1 %).

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Tous ces chiffres corroborent le livre de Thornhill et Palmer. Le viol d’une partenaire de longue date est davantage probable pendant ou après une rupture dans laquelle l’infidélité est impliquée, histoire aussi de concurrencer les mâles potentiels et de supplanter leurs gènes. Le taux d’agressions violentes de la part de maris, d’ex-maris, de petits amis, ou d’ex-petits amis est plus élevé chez les femmes séparées que chez les femmes mariées. L’étude de Russell révèle que des problèmes sexuels, y compris la jalousie maritale, ont joué un rôle dans 53 % des cas où des femmes violées ont déclaré avoir été battues. Cela paraît « logique » dans le sens où les hommes craignent d’investir à perte dans une paternité qui ne serait pas la leur (selon l’adage que le père est incertain) ou en cas d’infidélité, et d’avoir plus de mal à retrouver une compagne étant donné que leur accès aux femmes est moindre.

La douleur psychologique due au viol est affectée par l’âge et le statut du couple. Ce sont les victimes en âge reproducteur qui éprouveraient la plus grande douleur psychologique par rapport à celles en âge pré-reproducteur, surtout si le viol a été effectué par des inconnus que par des amis ou des membres de la famille. Les victimes mariées et celles en âge reproducteur éprouvent une douleur psychologique plus aiguë, indépendamment du fait que le violeur soit un inconnu, un ami ou un membre de la famille. Et la cause est que cela met à mal leur stabilité, leur image de femme fertile et leur couple. Même en l’absence de violence, les victimes en âge reproducteur présentent un traumatisme psycholo­gique plus marqué que les victimes en âge pré- ou post-reproducteur.

La violence du viol est en rapport inverse avec la détresse psychologique qui le suit. Plus la violence augmente, et plus la douleur psychologique de la victime bais­se. Résultat étonnant. L’usage de la violence aurait un « effet modérateur » sur le trauma psychologique des victimes en âge reproducteur, notamment chez celles engagées dans une relation sérieuse. Parce qu’une victime peut avoir moins de difficulté à convaincre son partenaire qu’elle a été violée si elle peut montrer des marques physiques. Si les reproches et l’incrédulité du partenaire font partie des causes du trauma, il est logique que les victimes éprouvent une douleur psychologique moins marquée quand leur partenaire se montre moins incrédule. La mise en doute par leur partenaire apparaît comme un mécanisme de protection de paternité.

Ce manque de crédibilité s’explique aussi par ce que disent Thornhill et Palmer : « Les fausses allégations de viols ont fait l’objet de peu d’études systématiques. Pour quelques féministes, le concept même de fausse allégation de viol constitue un harcèlement discrimina­toire (Grano 1990). Cependant, une étude prudente de cent neuf affaires de viols aux États-Unis a trouvé 41 % de fausses accusa­tions de viols sur la base des propres rétractations des femmes (Kanin 1994). Les femmes étudiées ont donné trois raisons pont expliquer leurs fausses allégations : fournir un alibi pour une rencontre sexuelle consensuelle qui aurait pu mener à la grossesse, se venger d’un partenaire qui n’était plus consentant, et obtenir de la sympathie et de l’attention de la part de la famille et/ou des amis. Kanin souligne que les fausses allégations de viols « reflètent des efforts désespérés pour faire face à des situations et de stress privées et publiques» (p. 81). » Les auteurs expliquent aussi que les femmes, dans la compétition sociale, sont plus aptes à raconter des histoires fausses sur leurs adversaires, usant de rumeurs, n’hésitant pas à recourir à la « manipulation de l’opinion publique comme tactique » (Feshbach 1969 ; Brodzinsky et al. 1979 ; Cairns et al. 1989 ; Ahmad et Smith 1994 ; Bjorkqvist et al. 1994 ; Crick et Grotpeter 1995). » Ils analysent la chose et écrivent : « Le fait que les hommes veulent le sexe en soi semble avoir déterminé, dans l’histoire évolution­naire humaine, les femmes pour qu’elles se servent du sexe et des promesses sexuelles pour manipuler les hommes et en obte­nir des ressources. De toute évidence, les femmes se comportent beaucoup plus souvent de cette façon que les hommes. Les études révèlent que, par rapport aux hommes, les femmes semblent plus souvent mentir quant à leur intérêt sexuel pour des individus du sexe opposé (par exemple, en se comportant comme si elles étaient sexuellement intéressées alors que, en fait, elles ne le sont pas), quant à leur excitation sexuelle (par exemple, en simulant l’orgasme) et à leur histoire sexuelle personnelle (par exemple, en prétendant avoir eu moins de partenaires qu’en réalité) (Buss 1994 ; Thornhill et al. 1995 ; Geary 1998). Les études suggèrent aussi que les femmes sont plus trompeuses en ce qui concerne l’infidélité un sein du couple (Baker et Bellis 1995 ; Gangestad et Thornhill 1997b). Ainsi, particulièrement quand il est ques­tion de sexe (comme en cas de viol), il pourrait exister une intui­tion évoluée sur le fait que les femmes mentent parfois pour leur seul et unique profit. » La nature humaine est bien ambiguë.

Bref, comme on sait, l’approche du viol par la biologie évolutive suscite souvent des cris d’orfraie de la part des mouvements féministes (il faut obtenir des subventions) et des professionnels de l’idéologie. Selon Thornhill et Palmer, l’explication du viol par les sciences sociales contient cinq erreurs principales : 1) Les suppositions que ces explications ne sont pas compatibles avec les connaissances actuelles sur l’évolution. 2) leur affirmation selon laquelle le viol n’est pas sexuellement motivé est fondée sur les arguments qui ne résistent pas à une analyse critique. 3) Leurs prédictions ne sont pas compatibles avec les données multiculturelles dont on dispose sur le viol humain. 4) Leur incapacité à rendre compte de l’existence du viol chez d’autres espèces (chez des oiseaux ou chez les orangs-outans). 5) Leurs affirmations appartiennent plus à la métaphysique qu’à la science. À un moment, Thornhill et Palmer utilisent une argumentation sophistiquée tout à fait logique : « L’explication que les sciences sociales donnent du viol implique que les femmes considèrent le viol comme une expérience négative uniquement quand elles sont incitées par leur culture à le ressentir de cette façon. Si cela était vrai, il ne serait pas nécessaire d’empêcher le viol pour régler le viol en tant que problème social. Au lieu de cela, le problème du viol pourrait être résolu simplement en apprenant aux femmes que le viol est une magnifique expérience. » Bien sûr, ils estiment qu’une telle explication est ridicule, mais qu’elle est tout à fait conforme au modèle des sciences sociales et des féministes en renversant leurs propres théories.

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L’enquête en 2015 de l’INED[4] intitulé Les violences dans les espaces publics touchent surtout les jeunes femmes des grandes villes confirme aussi certains faits. Sur cent femmes, vingt mentionnent avoir été sifflées au moins une fois dans l’année, dont trois plusieurs fois. Viennent ensuite les insultes (8%), le fait d’avoir été suivies (3%), le pelotage accompagné parfois de baisers forcés (2%), puis les propositions sexuelles insistantes (1%), et l’exhibitionnisme ou le voyeurisme (1%). Les violences physiques sont déclarées par 1,3% des femmes. Comme je l’avais dit, le harcèlement de rue n’existe pas. L’enquête précise : « Les sifflements et interpellations sous le prétexte de drague ont dans une large majorité (86%) été décrits comme sans gravité. Ces agissements paraissent largement tolérés. De même, la moitié des femmes insultées (55%) déclarent que cela n’est pas grave. Les faits déclarés comme graves relèvent le plus souvent des violences physiques et sexuelles. Au total, 8% des femmes déclarent avoir subi dans les 12 derniers mois au moins un fait grave dans les espaces publics et 17% un fait sans gravité. » Des sifflements (86%) ou des insultes (8%) ne sont pas considérés comme graves et ne constituent pas du harcèlement de rue selon la définition. Pourrait être considéré comme du harcèlement le fait d’être suivi (3%) et encore faut-il qu’il soit répété ! Quant au pelotage et baisers forcés (2%), ils constituent une agression sexuelle et non du harcèlement de rue. Le harcèlement de rue ne peut pas être le fait d’hommes différents, comme l’indique le terme de harcèlement.

Comme on s’y attend, ce sont les jeunes femmes qui y sont le plus souvent confrontées : 58% des femmes et 30% des hommes de 20 à 24 ans. Ces proportions diminuent avec l’âge, mais concernent encore 8% des femmes et 7% des hommes âgés de 65 à 69 ans. Souvent des insultes. Tout cela est logique en fonction de l’attractivité sexuelle. Et de même, c’est en Île-de-France : 37% des femmes et 18% des hommes âgés de 20 à 69 ans. Ces proportions atteignent 68% et 34% chez les 20-24 ans vivant en Île-de-France. À l’opposé, les habitants des zones rurales sont ceux qui en déclarent le moins (17% et 9%).

Petite parenthèse : on parle du harcèlement des femmes par les hommes, affaire juste mais connue. En revanche, on parle nettement moins du harcèlement des femmes par d’autres femmes[5], souvent d’une violence inouïe. Soit par jalousie dans la compétition (séduction, apparence, âge, hommes ayant de bonnes ressources), soit pour un statut social envié. On entend souvent des femmes dire : « Les femmes sont des vipères. » ! J’en reviens à mon équation : force physique des hommes contre force symbolique (psychologique, affective) des femmes. Le porc contre la vipère (et non la truie). Bien sûr, on ne parle nullement de la violence symbolique des jeunes femmes, les traitant ici en victimes absolues alors qu’elles savent utiliser leur territoire invisible comme une arme : choix dans la séduction, injonction d’attirer et de mettre à distance les hommes pour les frustrer (les allumeuses), chantage à la victimisation, enfant dans le dos.

Ce sont donc les jeunes et jolies femmes des grands centres urbains qui se plaignent tant du harcèlement de rue, tentant de congédier dans leur puritanisme des hommes populaires qui les draguent, étant donné qu’elles sont devenues par leur plastique érotique les avant-gardes de la société libérale, telle la jeune étudiante et mannequin de 20 ans, vivant à Amsterdam, Noa Jansma qui, en 2017, fit des selfies des hommes qui l’interpellaient dans la rue. Cela ne risque pas de s’arranger vu l’atomisation, la régression sociale, l’immigration massive (dumping social), l’hyperconcentration de la population, et le délabrement culturel en cours.

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V/L’évolution sociétale

Si l’on conjugue la biologie évolutive et une analyse marxienne, les dominants ont intérêt à manipuler les représentations mentales afin d’accaparer le plus de ressources possibles au détriment des autres pour conserver ainsi leur pouvoir. C’est ce qu’ils font d’ailleurs fort bien. On appelle ça l’ingénierie sociale. Marx et Darwin ne s’opposent pas  tant que cela. Ils se conjuguent même. Si jusqu’ici, le patriarcat s’est imposé en fonction des différences sexuelles et de l’investissement parental inégalitaire entre l’homme et la femme dans la concurrence des groupes et des territoires (sélection sexuelle), le problème est que la condition féminine a été acceptée et voulue par les femmes pour que l’espèce se perpétue, eu égard aux différences biologiques de base. Je ne vois pas les femmes enfanter et aller faire la guerre, protéger le clan en armes, un mouflet dans les bras d’autant que celles-ci assurent physiquement la protection et la propagation de l’espèce.

La Révolution industrielle change la donne. Le capitalisme change de stratégie évolutive. De nos jours, faire croire à une condition féminine uniquement dominée par le pouvoir masculin permet d’effacer la condition biologique de base qui ferait capoter la nouvelle idéologie. Émile Zola avait résumé en 1883 le processus dans une phrase issue d’Au bonheur des dames quand Octave Mouret s’exclame : « Ayez la femme et vous vendrez le monde ! » Le libéralisme trouve un moyen séducteur pour prolonger son expansion, installer la société de consommation et formater le monde sur le même mode. Le sexe. En 1929, c’est l’invention de la pin-up par Petty et Vargas. Après la Première Guerre mondiale aux États-Unis et après la Seconde Guerre mondiale en Europe, le féminisme permet d’accuser les hommes et d’opérer à l’heure de la société de consommation une révolution sexuelle par le sexe même qui assure la pérennité de l’espèce humaine.

Le féminisme est une émanation du libéralisme. Si l’on considère le libéralisme face aux révoltes du prolétariat qui le menaçaient, il avait intérêt à scinder les hommes et les femmes de l’unité constitutive de la société, en retournant à son avantage les secondes contre les premiers. Comme l’avait suggéré la marxiste Rosa Luxemburg, le danger était l’atomisation de la société pour permettre une meilleure exploitation et une source illimitée de profits. Le féminisme servira d’avant-garde afin d’annihiler la lutte des classes, surtout contre ceux qui en constituaient la force vive, les hommes, plus forts physiquement dans les rudes taches et donc plus aptes à s’opposer aux décideurs dans les grèves notamment. L’entité Homme devient le bouc émissaire qui voit se retourner contre lui symboliquement la seconde partie de l’humanité, occultant par la même occasion les dirigeants qui seront de moins en moins attaqués. La domination de la classe capitaliste envers la classe populaire s’est substituée en domination des hommes sur les femmes. Le fameux mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! » se métamorphose en « Femmes de tous les pays, unissez-vous contre les hommes ! »

Cette transformation s’observe dans le déplacement de la domination du patron vers le mari.  Alors que l’on fuit le travail comme la peste, travail vu chez Marx comme une aliénation (Manuscrits de 1844), c’est ce dernier qui est prisé par les femmes contre le mari à l’époque de la société de consommation. Elles voient le patron et le travail comme une libération, et le mari comme un oppresseur. Renversement complet. De plus, réclamer une indépendance économique veut dire non seulement se libérer d’un mari oppresseur (forcément oppresseur), mais devenir surtout une consommatrice et propager ainsi la société libérale dans le mythe de la croissance. La « libération » de la femme permet le renversement du patriarcat et la promotion de la working woman (la femme consumériste) et de l’imaginaire féminin pour construire un capitalisme de la séduction (Michel Clouscard) qui prend son essor en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Celles qui s’occupaient des enfants à la maison demeuraient une force improductive aux yeux du patronat après la Seconde Guerre mondiale face au nouveau marché, force qu’il fallait mettre au travail tout en sachant qu’elles seraient moins payées que les hommes (armée de réserve). Effet délétère sur le long terme occasionné par ce paradis émancipateur pour les femmes : leur ménage est détruit par les relations extra-conjugales vu que les jeunes femmes pénètrent massivement la sphère du travail. La compétition intrasexuelle est renforcée. Ce à quoi l’on assiste aujourd’hui.

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La mise en accusation des hommes fut le projet de Simone de Beauvoir, grande bourgeoise devant l’éternel, qui a servi d’avant-garde avec Le Deuxième sexe. Elle écrit : « Il faudrait qu’elle [la femme] eût été élevée exactement comme un garçon ». Simone de Beauvoir ne loue pas la singularité de la femme, mais prend l’homme comme modèle. Elle fait abstraction du fait que la femme ne peut pas être élevée comme l’homme, étant donné qu’ils ne sont pas semblables. D’où son mépris et sa négation de la spécificité biologique féminine dans son essai, réorientée comme une idéologie, la domination masculine. D’où le fait que ce féminisme libéral (telle de Beauvoir) vise à « libérer » les jeunes femmes (bourgeoises ou non) modélisées comme icône publicitaire par leur plastique érotique, leur permettant d’accéder à une mobilité sociale ascendante (qui gardera les enfants de ces femmes sinon les femmes populaires ?). La contraception et l’avortement permettront ce projet, liberté chimique et technique qu’elles devront de surcroît supporter. Le libéralisme fait donc la promotion d’un idéal féminin émancipé, et tente de décharger virtuellement la femme de sa double charge mentale et sociale (sans lui retirer sa prédominance séductive utilisée dans l’imagerie publicitaire et leur promotion sociétale), c’est-à-dire son investissement parental maximum de façon à les mettre en concurrence avec les hommes qui ne l’ont pas, enrôlant dans ce sillage les autres femmes qui les imiteront à leur tour. La réalité biologique indique que la fertilité féminine s’établit entre 19 et 31 ans au moment même où l’orientation professionnelle demande un maximum de temps et d’énergie pour accéder à un statut social ascendant. C’est pour cela que l’on apprenait récemment que Facebook et Apple proposaient à leurs salariées américaines de financer la congélation de leurs ovocytes pour leur permettre d’avoir des enfants plus tard ou à la carte. Or même encore maintenant, les femmes préfèrent travailler à mi-temps et faire des enfants. D’où les écarts de salaire entre hommes et femmes et non à cause du patriarcat. Cependant, la « bonne voie » progresse afin de défaire toute l’anthropologie et parvenir au transhumanisme.

Cette « émancipation » installe, comme l’avait vu le cinéaste marxiste Pasolini dès 1973, une tyrannie du plaisir et du ressenti (qui, inéluctablement, aboutira à une tyrannie du politiquement correct comme on le voit de nos jours, époque merveilleuse qui invente la censure tolérante !) tout en agitant la domination masculine comme épouvantail (patriarcat et sexisme) à l’heure de la société de consommation et de communication, société de l’image.

Il faut comprendre le processus sur le long terme. Conséquences en Europe, une natalité en chute libre. De 1950 à 2017, elle est passée de 21,7% à 9,8%. En Asie, pour la même période par contre, elle est passée de 55,4% à 59,7% et en Afrique de 9% à 16%. D’où l’importation d’une main d’œuvre étrangère à bas prix tout en créant des guerres dans les pays d’origine, le développement d’une propagande multiculturaliste imposée sous prétexte d’amour de l’autre à n’importe quels prix et conditions (annonce de futures explosions sociales), et la création d’un mode de vie égoïste et narcissique qui est le soleil noir des ¾ de la planète. Mais qui s’en soucie bien à l’abri dans sa petite bulle ?

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En résumé, cette « émancipation » est donc truquée puisqu’elle repose sur la dichotomie entre une inégalité biologique (hommes / femmes), et une égalité idéologique, avec pour seule condition que les femmes s’amputent de la maternité pour copier les hommes et les concurrencer. Promotion de la working woman, destinée à gérer le libéralisme politiquement, économiquement et symboliquement par l’imaginaire féminin (l’empire du Bien comme élite) à tous les stades de la société. Ce pour quoi ces femmes demandent la parité dans les postes de pouvoir ou dans la communication et non la parité dans les métiers difficiles. Parvenues au somment, ces femmes géreront les entreprises de la même façon que les hommes. Les autres hommes, par leur force physique, continueront à végéter dans les métiers ardus. Les femmes populaires, elles, paieront les pots cassés.

Le libéralisme joue sur l’égoïsme et le narcissisme des individus. Il permet une atomisation radicale des conditions à travers une théâtralisation perverse de soi, poétisée comme émancipation. Ce mode de vie confortable sert de préservatif et de paravent moraux, cachant ainsi la dégradation croissante de la société. De nos jours, le processus est décuplé par la virtualisation à l’ère numérique. C’est non seulement la famille et le couple qui ont été attaqués dans leurs fondements et dans leur stabilité, mais la femme même, le sexe qui permet d’opérer la révolution anthropologique en cours avec l’aide de toutes les minorités sexuelles, ces piranhas de la contestation. Celles-ci atomisent davantage la société, protégées qu’elles sont par l’avènement du boboïsme dans les grands centres urbains : pornographie (promotion de la jeune et belle femme libérée dans un cadre luxueux), féminisation des hommes, mariage homosexuel, transgenrisme, transsexualisme, PMA, GPA et le transhumanisme à l’arrivée avec l’ectogénèse. La libération est en fait une libéralisation qui ne libère pas, mais tient à fragmenter les représentations mentales que les deux sexes se font d’eux-mêmes en harcelant sans cesse les normes et les stéréotypes.

Le libéralisme pour perpétuer son économie a donc intérêt à propager cet imaginaire féminin falsifié mais séducteur, histoire de refaçonner la libido masculine à l’image de la libido féminine. Si ce n’était pas vrai, le libéralisme supposé être patriarcal aurait balayé tous ces mouvements d’un coup de torchon au lieu d’abonder dans leur sens. Cette émancipation, cette liberté et cette égalité des pays riches sont même devenues des arguments commerciaux, permettant de les répandre aux autres Nations par cet amour d’autrui, injonction obligatoire et formatage culturel et symbolique.

Comme dans une caméra obscura, il faut renverser l’image que donne la société d’elle-même pour la voir à l’endroit. Depuis le XVIIIe siècle, le libéralisme installe une Idée abstraite de l’individu, une imagerie idyllique ou paradisiaque avec la carotte du Progrès et de la Croissance qui n’a aucune chance de se réaliser. On pense plonger dans la piscine du bonheur, mais il n’y a pas d’eau à l’intérieur. C’est pour cela que Marx réfutait les droits de l’homme qui ne pouvaient finir que par un contrôle économique et symbolique du monde. Il était bien plus judicieux que les hommes et les femmes comprissent leur statut respectif (leurs dettes symboliques évitant un fantasme de complétude, donc de pouvoir), basé sur l’anthropologie afin, comme le disait Victor Segalen, de respecter le Divers, de rester en émerveillement devant lui. Il n’invitait à aucune compréhension rationnelle du Divers afin de le laisser dans son « incompréhensibilité éternelle ». Là seulement, le Divers pouvait perdurer et exister. À la place de cela, le processus enclenché soumet tout le vivant à une liquidité technologique, économique et symbolique.

Le concept de soft power (Joseph Nye, 1990) évoque les progrès planétaires du capitalisme. Au lieu d’utiliser la force et la coercition (hard power qui n’a pas disparu), le soft power utilise le pouvoir de séduction pour mieux répandre l’imaginaire consumériste et sa propagande publicitaire. Marx l’avait envisagé quand il écrit dans le Manifeste : « Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. » C’est ce que Steven Pinker appelle progrès !

Si le soft power prend de multiples formes, l’une de ses ramifications est la gestion du libéralisme par l’imaginaire féminin (qui n’est pas égal aux femmes). C’est ici que prend place la rivalité entre deux féminismes particuliers de nos jours. Ils ne diffèrent que sur la méthode, non sur l’objectif final. Deux polarités concomitantes symétriquement et mimétiquement inversées. Ces deux féminismes au fond ne tiennent pas à renoncer à cette société libérale anthropologiquement impossible et écologiquement néfaste. Le premier par l’idéologie tente de supprimer toutes les différences des sexes. L’autre les reconnaît, mais veut changer scientifiquement l’anthropologie humaine pour aboutir au même but.

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D’un côté, le féminisme d’État, officiel, libéral et idéologique, issu des sciences sociales, brandissant la domination masculine et le patriarcat comme épouvantails, écarte d’un revers de la main le support biologique et darwinien pour faire valoir l’égalité des sexes comme représentation platonicienne idyllique sur laquelle pourront être fondées les relations entre les hommes et les femmes, notamment par le fameux « Tout est construit et rien n’est donné. » Il est d’autant plus acharné que, ne pouvant établir son plan sur des bases physiques, il se transforme en secte, demandant la liberté d’expression pour lui et la censure pour les autres.

De l’autre, un féminisme scientifique particulier veut lui aussi cette égalité de synthèse, mais en en passant par la science, la biologie comme on l’a vu, contestant l’idéologie de la domination masculine du premier. Un exemple,  Peggy Sastre. Ce n’est sans doute pas un hasard si le second opère par ce féminisme évolutif pour arriver au transhumanisme sans jamais parler de l’évolution de la société libérale. S’il est beaucoup plus crédible dans son analyse, son versant noir, dont on parle moins, est qu’il promeut toutes les radicalités postmodernes pour faire du sexe une fonction inutile, platement anatomique jusque dans son exhibition et avilissement absolus (pornographie, inceste, anthropophagie, sadomasochisme etc.) selon l’éthique minimale héritée de Ruwen Ogien, éthique libérale-libertaire. C’est aussi de fait la négation de tout trouble ou de toute pathologie. Ce féminisme demande aux femmes de mettre en veilleuse leurs hormones, voire de muter dans la femme-cyborg (transhumanisme), l’imbrication de l’humain et de la machine (projet futuriste en 1909 de Marinetti qui, par haine de la chair, finira fasciste). Ce projet devient pour le coup nettement moins scientifique d’autant qu’une femme qui enfante est pour lui une « femme pondeuse » (haine du vivant en tant que tel), ce qui est très moraliste pour vouloir s’en débarrasser aussi radicalement. Baudrillard y voyait une volonté de supprimer l’humain, un monde fonctionnant sans lui, réduit à des structures fonctionnant mécaniquement, débarrassé de la moindre volonté humaine.

Quelles conséquences ? Bref, dans les deux cas, l’option idéologique ou l’option scientifique, les femmes doivent accéder à une égalité économique et politique en s’amputant d’une partie du vivant ou de la nature pour imiter les hommes, pris comme modèles, qui, eux, n’ont pas ce souci de l’enfantement. Tout cela aboutira à une rivalité effrénée et à une concurrence infinie. Quel intérêt que de gommer une telle différence, c’est-à-dire une femme qui tente de ressembler à l’homme ? Pourquoi un tel projet ? Qui pourra se payer une telle évolution transhumaniste sinon les privilégiés pour poursuivre leur dominance ?  Car là, il ne s’agit plus de science, mais d’une égalité basée sur un concept abstrait, artificiellement élaboré dans les laboratoires métaphysiques. Pour quelle société technocrato-scientifique dont les lobbies se frottent déjà les mains ? Qui va gérer ceci sinon la nouvelle bourgeoisie fluide et postmoderne au détriment des femmes (et hommes) populaires ? Qui fera les sales boulots ? Nouvelle lutte des classes entre humains et transhumains sous le règne éclairé de l’idéologie de la théorie du genre ou de la science, nouveau Dieu qui n’apparaît plus comme tel. Décidément, l’être humain ne parvient pas à se tenir dans sa nature et s’artificialise pour ne plus être humain.

Le phénomène n’arrive pas par hasard, arrivant précisément à un point où les femmes ont de moins en moins besoin des hommes pour subvenir à leurs besoins, ce qui n’était pas le cas auparavant. Elles devaient se mettre sous leur protection à cause de l’enfantement. La contraception et l’avortement les ont « libérées » virtuellement de cette charge. Bien sûr, il subsiste l’attraction des sexes, leur valorisation réciproque, mais c’est dans cette perspective que les hommes d’antan ont peu à peu perdu leur autorité, leur statut, leur rôle de père au fur et à mesure des années. Or, ceux-ci ne peuvent se passer des femmes, car elles constituent l’autre sexe, les attirant facilement tout en étant maîtresses de l’enfantement. De fait, me semble-t-il, ils vont se retrouver écartés, remodelés, ou féminisés comme c’est déjà le cas. De nos jours, les banques de sperme, la PMA, la GPA, l’ectogénèse, et la reproduction par les cellules souches vont régler le problème d’autant que les femmes (à travers elles le soft power féminin libéral) ont acquis une quasi autonomie financière. Il arrivera même où elles pourront se passer des hommes avec cette technologie et épouser leur concubine, déesses autoreproductrices de l’espèce. Mort de l’altérité. Dystopie en douceur.

Tout ce développement technologique sous le sceau du progrès et de la science n’est-il pas un paravent destiné à masquer les véritables enjeux qui se cachent derrière, c’est-à-dire une volonté de conquête du monde en installant un Empire du Bien tout en leurrant les populations avec une illusion d’amélioration perpétuelle et infinie à travers une métaphysique rationnelle qui n’aboutit qu’à installer la dominance d’une élite et à la perpétuer ? Le grand cinéaste Stanley Kubrick rappelait toutefois dans ses œuvres que plus l’être humain est rationnel et plus il est manipulé par l’irrationnel tel l’ordinateur Hal. Avec les plus grands philosophes et les plus grands artistes, l’Allemagne n’a aucunement empêché la venue du nazisme. En dernier ressort, il semblerait que l’espèce humaine, soit par l’idéologie, soit par la science, tente d’échapper à l’implacable loi du réel en se créant un monde de remplacement, mais dont la phase finale risque d’être semblable au chien errant qui hurle à mort en ayant perdu son maître.

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VI/Le sexe récréatif à l’ère numérique

Les hommes et les femmes ne se regardent plus les yeux dans les yeux, mais ont le nez dans leur portable, balayant d’une pichenette, soit à gauche, soit à droite, les prétendant(e)s telles des cartes à jouer. Monopoly du sexe. Courses au coït et au profit. Parfaitement adaptées à l’économie libidinale et libérale. Il est même risible de constater toutes ces images où tout un chacun « vend » ses charmes à travers des photos dans des postures non équivoques, notamment les femmes qui offrent leur plastique, se transformant en objets sexuels sans la main de l’homme. Perte du réel. Assomption du virtuel.

L’esprit humain possède aussi une chose « formidable » : se leurrer et leurrer les autres, se comporter différemment dans la réalité pour se donner le beau rôle. La séduction. Le désir est quelque chose de biologique et de social. Si les hommes aiment les jeunes femmes (on disait dans les polars, les « femmes fatales » ou « blondes incendiaires »), cela tient au fait de l’attractivité de ces dernières au point d’y perdre la tête. L’homme tue, mais la femme rend fou dit-on. À en voir certains modèles, la nature a façonné la chose d’une façon hallucinante ! C’est presque trop facile. D’où leur coquetterie à faire tourner les hommes en bourrique. Jouer n’est pas jouir. Preuve que l’homme anti-macho, prévenant, trop accessible, est un leurre. Une domestication ou soumission pour être mieux rejeté tout en pensant être choisi.

Du coup, dans le miroir inverse, des jeunes femmes préfèrent le bad-boy (riche ou pas). Icône médiatisée, désirée socialement par d’autres femmes, il attise par mimétisme leur convoitise jusqu’à les brûler. Elles s’y reflètent narcissiquement et tentent vainement de l’attraper. Il est inaccessible comme la belle femme l’est en nature. Autre leurre. Ces hommes ne savent plus où donner de la tête (ou de la queue), se reflétant dans la séduction souveraine de la femme. Kundera écrit une chose subtile : « Les femmes ne veulent pas d’un bel homme, elles veulent un homme qui a eu de belles femmes. » Ici, c’est la théâtralité, la mise en scène, la représentation que l’on donne de soi qui importe où l’on peut cacher ce que l’on sent, et faire sentir ce que l’on n’éprouve pas. Mythe de Don Juan et de Casanova.

C’est dire que la situation n’est pas prête de s’arranger. Ce qui est intéressant à relever en revanche, c’est la liberté sexuelle de synthèse offerte aux femmes en leur faisant croire qu’elles n’ont plus (ou de moins en moins) l’investissement parental maximum à leur jeune âge tout en leur faisant supporter la charge de leur « libération » chimique ou technique pour le plus grand profit des hommes, plongeant les deux sexes dans une tyrannie du plaisir. Tous les deux ne sont plus éduqués pour devenir adulte, mais sont enfermés dans un esprit consumériste, égoïste et narcissique, comme devanture et propagande de la société libérale. À cette liberté offerte comme un morceau de gruyère dans un piège à rats, les femmes égalent non seulement l’homme sur le terrain sexuel alors qu’elles avaient le privilège aristocratique du choix dans la séduction, mais le dressent à épouser leur libido sans renoncer à ce même privilège du choix.

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De nos jours, les jeunes femmes ont donc une « liberté » sexuelle accrue, surtout celles qui sont promotionnées par l’imagerie médiatique. Nantie de la séduction, la jeune et petite bourgeoise des grands centres urbains veut être maîtresse de la rencontre et de tout le processus. La revendication ouverte d’avoir le privilège exclusif de la drague et d’en maîtriser totalement le cours, c’est en fait la prétention au contrôle absolu du désir masculin. C’est une revendication de domination, implacable et sans partage. Territoire invisible où la jeune femme attirant facilement les hommes, leur ordonne de correspondre à ses désirs sous peine de les recaler sans pitié. Injonction paradoxale : liberté de mettre en avant leurs charmes qui ne peuvent qu’attirer les hommes tout en les culpabilisant d’être des « porcs ».

L’idéal vanté de la jeune femme est que l’homme soit une bête sexuelle. Elle veut voir dans son regard le désir, elle veut le savoir en train de bander devant son décolleté et ses talons, à toutes les promesses de son corps. Elle veut le contrôle absolu sur cet être misérable, comme un maître sadique jouit du contrôle qu’il a sur son chien qui glapit dans la nuit glaciale, suppliant son maître de le faire rentrer, souffrant dans ses chairs du froid et du rejet. Elle veut voir les hommes torturés de désir pour elle, mais tenus, dominés par les normes sociales instituant sa toute-puissance, comme arbitre surmoïque de son comportement.

Le décolleté, les talons hauts, le maquillage, la parure enivrante sont des exhaltateurs de désirabilité auprès des hommes. Ils n’existent que pour ça. Ils n’ont pas d’autre raison d’être. Cela n’empêche pas qu’ils soient plaisants, du moins occasionnellement. C’est précisément ce qui fait que les rôles de genre se reproduisent si bien. La réaction de désir des hommes à la désirabilité dans laquelle les femmes se mettent en scène, est intrinsèquement liée à la nature sexuée de notre espèce et à la compétition intrasexuelle.

Évidemment, ce style de femme couple sa domination absolue avec des revendications de sûreté personnelle que personne de raisonnable ne peut refuser de lui accorder. C’est la technique marketing du pied dans la porte. Mais ce caractère, s’il n’est pas ouvertement assumé (probablement est-il encore inconscient), ne laisse planer aucun doute sur cet aspect fondamental des revendications, qui sont en fait l’expression d’un fantasme purement sexuel, guère tenable sur le long terme.

Paradoxe du sexe récréatif : les jeunes femmes sont poussées à choisir un partenaire viril, puissant, un étalon qu’elles pensent être taillées pour leur donner du plaisir. Elles se retrouvent au final avec un individu ayant les conquêtes faciles, peu enclin à se soucier de leur désir (pas de nécessité de les revoir, il en trouvera facilement une autre), se masturbant en elles, potentiellement avec violence, leur faisant vivre une expérience douloureuse et blessante, éventuellement traumatisante, d’être réduite à un objet sexuel. Volonté de se débarrasser de toute humanité, c’est-à-dire avoir un peu de cœur et de considération ? L’ère numérique offre par les plates-formes de rencontres (Meetic ou Tinder qui est gratuit) le tremplin sexuel idéal de la chasse sexuelle, indexé sur la logique libérale d’atomisation ou de fragmentation des relations hommes-femmes (et de toutes les autres). La clef USB humaine. Emboîtement, décharge de semences, extraction.

Après l’expérience grisante du sexe récréatif, d’avoir même pu arbitrer entre plusieurs partenaires potentiels, tous animés de désir pour elle, après avoir eu le privilège du choix, le contrecoup pour les jeunes femmes est décevant. Le contexte moderne du sexe récréatif donne l’avantage compétitif à ce genre d’hommes qui savent obtenir l’avantage auprès des femmes au moment de la séduction.

Mais comme on l’a dit, les femmes ont un rapport différent à l’investissement parental : un homme peut copuler à droite et à gauche sans conséquences pour lui. Mais une femme, en période d’ovulation a(vait) un risque important de tomber enceinte : augmentation importante du besoin énergétique, mobilité réduite, vulnérabilité accrue etc., d’où un besoin général de faire partie d’un groupe social pour, en quelque sorte, socialiser la charge de la grossesse et de la maternité. Et aussi un intérêt de garder à proximité un homme fortement attaché à elle, en quelque sorte un garde du corps. Ce sont les sentiments qui assurent le plus efficacement cet attachement mutuel, même si le désir sexuel ne doit pas être négligé.

La « libération sexuelle » et la contraception bénéficient beaucoup plus aux hommes fortement copulateurs, et finalement assez peu aux femmes. La plupart d’entre elles ressentent dans leur vie le besoin d’avoir un enfant et finissent souvent par l’assouvir. Une femme de 20-30 ans est fortement désirable, et a un large choix de partenaires. Elle peut choisir un profil de mâle-compagnon (moins performant en séduction que le gros copulateur, et de ce fait plus enclin à s’investir dans la relation), voire de mâle-père. À 35-45 ans, son choix de partenaires est moindre selon la baisse tendancielle du taux de séduction, et elle risque de porter l’enfant d’un gros copulateur qui disparaîtra avant les épreuves de la grossesse et ne participera pas à prendre en charge l’éducation de l’enfant. Aussi lorsqu’une femme a passé ses années à pratiquer le sexe récréatif, rappelée à l’ordre par son horloge biologique, elle risque de connaître des difficultés accrues. Et élèvera seule son enfant.

Robert Wright écrit dans L’Animal moral : « Un quart de siècle de complaisance envers nos pulsions aura eu pour résultat (entre autres choses) beaucoup d’enfants sans père, de femmes amères, de plaintes pour viol et harcèlement sexuel, d’hommes seuls qui louent des cassettes pornographiques, et beaucoup de femmes seules. » Il cite le New York Times de 1992 qui rapportait les propos d’une jeune célibataire, regrettant « qu’il n’y ait plus d’idylles, et que les hommes ne sachent plus faire la cour. Les types savent bien que si une fille refuse, une autre acceptera. C’est comme s’il n’y avait plus de raison d’attendre de mieux se connaître. » Constat juste. Robert Wright relève un fait intéressant. Auparavant, les aventures extra-conjugales constituaient une « passade » pour l’homme marié. De nos jours, un homme bien en vue peut refaire sa vie avec une jeune employée d’autant que les femmes ont massivement investi le marché du travail, au détriment donc des femmes mariées avec enfant qui se retrouveront seules. Robert Wright conclut : « Si la discrimination sexuelle a pu servir jadis à soutenir la monogamie, aujourd’hui, c’est le divorce qu’elle sert. » Les jeunes femmes n’y songent pas, profitant de leur jeunesse, mais la légèreté des mœurs les menace sur le long terme, menace visant leur mari et leur investissement parental.

Au final, la « libération sexuelle » est peu avantageuse : elle est structurellement favorable aux mâles copulateurs fortunés des grands centres villes, qui passent devant les mâles plus enclins au respect de leur partenaire, mais participent à traumatiser les femmes par cette « liberté » donnée. Les premiers « piratent » en quelque sorte les femmes les plus attractives qui les préfèrent pour assurer leur avenir. Ces dernières sont rendues indisponibles pour les autres mâles moins bien nantis et de plus en plus frustrés (et sources de violence) d’autant que leur beauté plastique est abondamment véhiculée par l’imagerie en vogue pour une promotion sociale ascendante. D’où sans doute les innombrables problèmes de « harcèlements de rue » par des personnes d’une classe sociale inférieure.

Sauf que de manière générale, la libéralisation du marché sexo-matrimonial contribue à une baisse tendancielle du taux d’investissement des mâles dans les relations, à mesure que s’éloigne le mariage monogamique comme norme. Si on peut dire que les violences conjugales peuvent baisser, puisque les individus sont moins tenus à rester ensemble, cause de la haine et de la violence dans le couple, le sexe-récréatif intensifie les « violences faites aux femmes » étant donné qu’elles sautillent d’un lit à l’autre, risquant de tomber un jour sur un charmeur pervers, n’étant plus protégée par un compagnon fixe. « Comme l’anthropologue évolutionnaire Barbara Smuts l’a démontré, dans de nombreuses sociétés, les femmes sont vulnérables à la contrainte sexuelle masculine quand elles ne disposent pas de la protection d’un partenaire masculin. Une grande étude conduite par la psychologue évolutionnaire Margo Wilson et l’éthologue Sarah Mesnick (1997) a montré que les femmes mariées de tout âge courent moins de risques d’être violées ou contraintes sexuel­lement que les femmes célibataires du même âge » écrivent Thornill et Palmer. Les deux auteurs expliquent encore la chose d’une façon logique : « Comme les femmes jouissent d’une plus grande indépendance sociale et ont plus d’occasions de gagner de l’argent, elles entrent probablement plus en contact avec des hommes peu connus ou totalement inconnus. Le fait de vivre loin de sa famille d’origine, comme c’est aujourd’hui le cas pour plus de femmes, diminue la protection qu’elles recevaient des hommes de leur famille (Smuts 1992 ; Geary 1998). Nous suggérons que cette mobilité plus grande et cette protection réduite ont pour résultat que les femmes per­çoivent un risque accru de contrainte sexuelle. »

Jean Béraud fut l’un des peintres des femmes de Paris dans leur plus belle élégance. Ce que l’on note de nos jours, c’est la dureté de la compétition intrasexuelle, la perte de la magie séductive pour une plate et froide anatomie pornographique. Mais cette volonté d’autonomie sous forme de liberté sexuelle, que j’appellerais atomisation plutôt, est aussi stupide que de croire qu’une anorexique (95% des anorexiques sont des femmes) a décidé librement de ne plus manger, détruisant en son sein les fondements anthropologiques de la sociabilité. Une subjectivité ne peut se construire que sur un fond préalable d’intersubjectivité et non sur une liberté individuelle pure. Intériorisation de l’anorexie existentielle en volonté individuelle. D’où le déplacement sémantique du terme travailleur (prolétariat) vers le sexuel, travailleuses du sexe, abolissant le mot prostitution. Cette logique d’usure des métiers ou du travail se retrouvera dans celle du sexe qui, en tant que signe, subira le même laminement et la même usure sociale (par son exhibition publique) que le travail comme monnaie d’échange, déplacement consécutif au développement de notre société par la tyrannie du plaisir.

On le remarque, le sexe est exhibé partout et tout le temps, mis au centre de toutes les attentions, ce qui est une volonté non dite de le tuer, de le rendre anatomiquement ennuyeux, occasionnant encore plus de violences puisqu’il ne peut être comblé. « Pour vivre heureux, vivons cachés » reste un adage sacré. Cette anorexie existentielle ne peut que favoriser la pléonexie (le désir de vouloir-plus sans cesse), le culte de la croissance, l’emprise de la technique, liés à la démesure et à l’illimitation, fantasme de complétude, l’hubris. Comme cette publicité odieuse pour une série télévisée où le corps humain remplace le corps imagé, nouveau support de la planche anatomique[6].

L’érotisme est la valeur d’usage de la sexualité tandis que la pornographie en est la valeur d’échange, comme si l’on s’obligeait, poussé par on ne sait quelle volonté froidement rationnelle, à aplatir la beauté de la sexualité humaine. Comme si tout ce qui était caché et s’exerçait dans les coins obscurs et mystérieux des chambres devait être déversé dans la sphère publique, du plus petit fantasme au martyr de son propre corps. Comme s’il fallait remplacer l’expérience intime et privée par le système d’exhibition qui prévaut de nos jours en une plate mécanique d’usine à piston. Course au profit et au coït dans l’accumulation mondiale des échanges. Traduction de la transparence des corps et des peaux, pornographie actuelle de la morale, ou pornographie comme morale du monde actuel. C’est dans tous les domaines que notre époque nous apprend que nous ne devons aucunement renoncer au droit à la jouissance (de ne renoncer à rien) alors que le renoncement est la condition sine qua non de l’humanisation. Cet état d’esprit est parfaitement adapté au monde actuel. Marché mondial, ennemi de l’érotisme, qui doit abattre la valeur d’usage de l’érotisme pour sa valeur d’échange pornographique comme tous les autres éléments de la production, processus qui ne peut aboutir qu’à la suppression du sexe, des sexes, des rapports entre les sexes dans un exhibitionnisme généralisé. Transformer son corps en clef USB, en petits piranhas déchiquetant ce qu’il y avait de beau et de troublant dans les corps à corps.

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VII/L’amour ?

La pornographie est la rencontre de deux corps. L’érotisme est la rencontre de deux personnalités. Certes à l’évidence, l’être humain n’est pas régi que par la biologie. Il a ce qu’on appelle le symbolique. Celui-ci n’est pas indépendant du corps (le dualisme erroné de Descartes), mais peut le contrarier de temps à autre (« oublier » de se reproduire par exemple, devenir moine), notamment par la représentation qu’il se fait de soi, des choses ou de son époque. Parfois, ça coince et ça donne des maladies.

Beaucoup de relations amoureuses tournent court par la grande méprise que l’on se fait de soi et de l’autre, notamment par ce désir mimétique, relation triangulaire où la représentation joue un grand rôle. Shakespeare, dans un sonnet, écrit : « Tu l’aimes, elle, car tu sais que je l’aime. » Dostoievski parle dans son célèbre roman, L’éternel mari, d’un homme qui cherche des amants à sa femme pour la désirer à nouveau.

Il s’agit de ne pas trop se leurrer. Si les jeunes femmes ont un charme fou, leur but à long terme le plus souvent est d’enfanter et de protéger leur enfant, souvent avec un homme adapté à la situation. Et pas forcément avec un homme au grand cœur. C’est l’ocytocine qui, chez elle, développe et facilite les rapprochements entre les êtres, non seulement dans l’attachement aux parents, mais aux amis et aux amours. Illusion cinglante que l’union amoureuse où la femme attire l’homme par ses charmes, mais à la seule condition que ce dernier accepte de lui faire tôt ou tard un enfant. Sinon l’amour disparait comme le brume du matin au soleil, et la jolie demoiselle s’en va dénicher un nouveau nid. À l’homme aussi de ne pas profiter de toutes les occasions pour tromper sa douce, surtout quand celle-ci est une personne estimable et honnête comme le montre le film de Stanley Kubrick Eyes Wide shut (1999). Il faut donc savoir, dans un couple, à qui l’on a affaire, et comprendre réciproquement les failles personnelles et les dettes symboliques de chacun et de chacune. Enfant ou pas, il s’agit d’être relativement clair dès le départ, de bien se connaître, mais comme on sait, les opinions changent vite sous la pression de l’environnement, des amis, d’une société.

Et surtout, dans l’amour, rien ne remplace les aventures inédites, rares, d’autant plus rares qu’elles nous surprennent et que nous ne n’y attendions pas. C’est là sans doute l’étendue de la liberté réelle quand on a lâché les représentations fictives que l’on se fait de soi et des autres. Ce qui permet de s’attacher à des qualités humaines authentiques, concrètes. L’amour déroge en grande partie à la nature, une des rares libertés humaines authentiques, parce qu’il se moque, si on le laisse survenir sans vouloir le maîtriser, des âges, des classes, des conditions, des statuts, nous faisant déraper de l’autoroute du conditionnement social pour les sentiers de traverses, remplis de ronces et d’aubépines, d’herbes folles et de clématites.

Le film de Bertrand Blier, Trop belle pour toi (1986), a remarquablement dressé le portrait de ses amours singuliers. Ici, un homme (Gérard Depardieu) est attiré par une secrétaire intérimaire disgracieuse (Josiane Balasko), alors qu’il a une belle femme à la maison (Carole Bouquet). Trop belle. Elle ne le comble pas, trop parfaite justement. Question essentielle car on ne tombe pas réellement amoureux d’une femme parce qu’elle est belle mais parce qu’elle nous échappe grâce à son mystère et à sa séduction. À son ineffable singularité que nous ne pourrons jamais atteindre.  La beauté est justement trop évidente et banale, trop visible, au point d’être idéale et c’est ce qui la rend fade et commune. Mondaine. Encore moins si l’on prend homme ou femme et qu’il ou qu’elle n’est que notre clone. L’altérité, c’est ce que l’autre a et que je n’ai pas et il faut accepter cette perte fondatrice pour être et aimer. C’est le manque qui crée le désir et non le désir qui comble le manque. Si on ne l’accepte pas, on perd tout. Mais les histoires d’amour finissent mal comme on sait. Et c’est parce qu’elles finissent mal qu’elles sont passionnantes à vivre. Là réside tout le tragique de la vie qu’il faut assumer coûte que coûte. L’amour ne comble rien et rend éternellement mélancolique et insatisfait quand il a vraiment eu lieu. Il est cette blessure et cette fracture irréparables. Maladroitement humaine. Jardin imparfait.

Autre aspect, l’attirance entre jeunes femmes et hommes plus âgés (l’inverse est plus rare). Phénomène classique de la symétrie inversée entre les sexes et qui s’explique par le fait que, d’un côté, les hommes aiment la fraîcheur et la fertilité des jeunes femmes à un âge où ils s’enfoncent peu à peu dans la vieillesse alors que, de l’autre côté, les jeunes femmes aiment les hommes plus matures en raison de leur expérience certes mais aussi de leur âge où elles seront moins nettement désirées quand elles l’atteindront.

Il faut risquer l’amour. Il n’y a rien à en attendre. Jouissance des sens et jouissance de l’esprit pour ce qu’ils valent. L’erreur est d’en vouloir plus. Cette musique secrète et courte, intime et discrète, ne suppose pas d’être perpétuellement reconduite. Une sonate pour piano durant des années deviendrait ennuyeuse. Il faut la goûter le temps qu’elle dure.

L’amour est comme l’art, rare et exceptionnel. Il n’est pas recherche d’un clone de soi-même à travers l’autre (négation pure et simple de l’altérité) mais reconnaissance et acceptation de la personne aimée. Car si l’être dont on est épris est irremplaçable, être tiré de la marmite de la multitude par le regard amoureux, il ne s’agit pas non plus de le fantasmer mais de laisser advenir sa pure présence, sa pure réalité concrète, étrangère à nous-mêmes sinon un grand danger nous guette, dit Kundera : cette « incroyable capacité humaine à remodeler le réel à l’image de son idéal. » (La plaisanterie) Le philosophe Clément Rosset écrit : « S’aimer d’amour vrai implique une indifférence à toutes ses propres copies, telles qu’elles peuvent apparaître à autrui et, par le biais d’autrui, si j’y prête trop attention, à moi-même.» (Le réel et son double) L’amour n’est donc pas cette reconnaissance narcissique d’une image de soi à travers l’autre, mais au contraire dans le renoncement à cet immature dédoublement. Voilà la réelle singularité de l’être humain. C’est le problème du désir. Il faut s’y réchauffer, mais non s’y brûler.

Yannick R

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[1] http://lamutationestenmarche.blogspot.fr/2018/02/french-chauvinism.html  « We have known for some 40 years that there are real genetic differences between the two sexes in behavior but we have learned much more since then—women use their brains more symmetrically than do men and most genetic sex differences affect the brain, the most genetically active tissue in the human body.”

[2] http://www.slate.fr/story/137519/sexe-rend-hommes-fous-prets-a-tout

[3] https://www.ined.fr/fr/publications/population-et-societes/viols-agressions-sexuelles-france/

[4] https://www.ined.fr/fr/publications/population-et-societes/violences-espaces-publics–jeunes-femmes-grandes-villes/

[5]http://webshare.law.ucla.edu/Faculty/bibs/stemple/Stemple-SexualVictimizationPerpetratedFinal.pdf

[6] https://www.elaee.com/2018/02/16/29069-altered-carbon-de-netflix-pub-meilleure-produit

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